lundi 24 octobre 2005
Projection et Oeuvre au noir
Le coté pathologique des phénomènes psychiques a souvent été bien étudié par les psychanalystes. Par contre, le coté normal est quelque chose qui, à mon avis, fait défaut. La projection est le fait d’attribuer à autrui ses propres sentiments. Bien entendu cela peut être pathologique, par exemple, lorsque qu’on fait une remarque à quelqu’un et que l’on obtient systématiquement la réponse : « non c’est toi ». Et sans rentrer dans les détails de la projection pathologique, cela peut être bien plus grave que cela. Je voudrais plutôt parler de la projection normale dans un premier temps, et son application à l’ésotérisme et au cheminement initiatique.
Lors d’une expérience mystique très forte, j’ai compris à quel point la vie était une expérience intérieure et à quel point le rapport aux autres fonctionnait par projection. On peut être sensible, dialoguer, se démener autant que l’on veut, si on n’a pas d’écho en nous pour une chose donnée, on ne peut pas la ressentir. A travers d’autres expériences, régulièrement, lorsque je me retrouve d’en un état d’ouverture assez important, il m’arrive de voir visuellement une membrane-miroir qui à la fois nous connecte aux autres, mais en même temps nous isole dans notre monde intérieur, elle déforme notre perception, et nous renvoie une image de nous même, elle aussi, déformée. Les émotions ou autres messages produits par l’autre font vibrer la membrane, celle-ci les retransmet en déformé. Le message déformé sera reçu s’il trouve un écho en nous, sinon il sera perdu. Cet écho en nous est également déformant, c’est l’effet du miroir sur la membrane. Bien entendu, il est difficile d’expliquer tout cela, qui est visuel, sans vraiment l’être, et qui est une façon très personnelle de percevoir la projection.
Tout cela est assez paradoxal. D’un coté on se rend compte que l’on est seul au monde, et que les relations humaines sont quelque chose de sacrément illusoire. Souvent, lorsqu’on croit comprendre l’autre, on a vu qu’une vision déformée de son nombril. Et d’un autre coté, l’acceptation de ce phénomène et sa bonne connaissance permettent plus facilement de vivre des expériences humaines très fortes et de prendre conscience que tout est connecté à tout.
Comprendre tout cela me semble essentiel lorsqu’on s’engage dans un chemin ésotérique. Quand j’emploie le mot « comprendre », il ne s’agit pas, bien entendu, de compréhension intellectuelle. Il faut vivre ces choses, les éprouver, se faire une idée par soi-même. Quand j’ai commencé à pratiquer certains exercices permettant de toucher de manière assez systématique à la « Lumière », l’Essence Divine, on m’a dit qu’il fallait connaître son ombre parce qu’on était dans un monde de dualité et que la lumière attirait l’ombre. Et en connaissant et acceptant son ombre, elle influait moins. Effectivement, cela s’est rapidement concrétisé dans ma pratique, mais en même temps cette explication m’a toujours parue tirée par les cheveux. D’autant que d’un autre point de vue, la lumière a plutôt tendance à attirer la lumière.
J’ai aujourd’hui une autre compréhension de ce phénomène. Encore une fois, ce n’est que ma vision. En fait lorsqu’on touche cette lumière, on s’ouvre. Et lorsqu’on revient dans le monde de tous les jours, on ne ressent pas que des bonnes choses. On peut recevoir de l’amour, mais également beaucoup de peurs sous une forme ou une autre (l’agressivité par exemple). Et ce sont ces peurs auxquelles on s’ouvre qui font écho en nous et réveillent nos propres peurs, les décuplent. C’est l’éveil de nos démons, l'oeuvre au noir des alchimistes. Plus on s’ouvre, plus on voit l’ampleur de notre folie [1]. Bien entendu, on peut rester sur cette vision simpliste de dire que la lumière éclaire l’ombre, mais je pense que l’on peut facilement mieux décrire ce phénomène.
Notes
[1] Enfin dans le meilleur des cas. C'est tellement plus facile de ne pas voir et de blâmer les autres.
Ce billet, écrit à 15:29 par Artus dans la catégorie Alchimie a suscité :