Synchronicité et œuvre au blanc
Par Artus le lundi, novembre 14 2005, 17:34 - Alchimie - Lien permanent
Jung a introduit dans ses travaux le principe de synchronicité pour combler le manque quand il observait un lien entre deux événements et que le principe de causalité ne suffisait pas à expliquer certaines choses. Dans la causalité, deux événements distincts sont liés par un rapport de cause à effet. Dans la synchronicité, il y a juste une sorte de hasard qui fait bien les choses. C’est un concept souvent assez mal compris, pour éviter d’éventuels problèmes de compréhension, j’ai choisi quelques citations de Jung qui clarifient ce qu’est pour lui la synchronicité.
Voici comment Jung définissait la synchronicité :
Il est sans doute opportun d'attirer l'attention sur un contresens éventuel que le terme de synchronicité pourrait susciter. Je l'ai choisi parce que la simultanéité de deux événements reliés par le sens et non par la causalité m'apparaissent comme un critère essentiel. J'emploie donc ici le concept général de synchronicité dans le sens particulier de coïncidence temporelle de deux ou plusieurs événements sans lien causal et chargés d'un sens identique ou analogue; ceci par opposition au « synchronisme », qui ne désigne que la simple simultanéité des événements.
Voici un exemple donné par Jung :
Je citerai, simplement à titre d'exemple, un cas que j'ai observé. Dans un moment décisif de son traitement, une patiente eut un rêve où elle recevait en cadeau un scarabée d'or. Tandis qu'elle me racontait son rêve, j'étais assis le dos tourné à la fenêtre fermée. Soudain, j'entendis derrière moi un bruit, comme si quelque chose frappait légèrement à la fenêtre. Me retournant, je vis qu'un insecte volant à l'extérieur heurtait la vitre. J'ouvris la fenêtre et attrapai l'insecte en vol. Il offrait avec un scarabée d'or l'analogie la plus proche qu'il soit possible de trouver sous nos latitudes : c'était un scarabéidé de la famille des lamellicornes, hôte ordinaire des rosiers : une cétoine dorée, qui s'était apparemment sentie poussée, à l'encontre de ses habitudes normales, à pénétrer juste à cet instant dans une pièce obscure.
Je vois deux aspects dans la synchronicité. Le « bon » et le « mauvais ». Je vais commencer par le mauvais. Souvent la vie nous met face à des événements qui nous semblent injustifiés, et qui le sont d’un point de vue « causalité ». Souvent ces événements se répètent. Souvent on blâme les autres, ou alors on parle de destin, de malchance, de vies antérieures et de karma. Tout cela est une forme de projection. Une façon de dire, « ce n’est pas ma faute, le problème est extérieur ». Mais pourtant, toute la vie est intérieure. Si quelque chose arrive à nous atteindre, c’est que cette chose trouve l’écho en nous. Ce que l’on voit comme un problème extérieur n’est que le reflet de nous même. Un enseignement que la vie a mis sur notre chemin pour nous aider à voir, car même si la vie est une expérience intérieure, l’extérieur nous aide sacrément à l’appréhender. Tant que l’on ne voudra pas voir que le problème est en nous et qu’on le considèrera comme extérieur, la vie fera en sorte qu’il se répète, quelque soit nos choix, et au delà de toute causalité. C’est ce mécanisme que je qualifie de « mauvaise synchronicité ».
Un exemple classique, le couple. Bon nombre de personnes tombent sans arrêt sur « la mauvaise personne », la quitte, et dans la plupart des cas revivent un enfer bien pire avec quelqu’un d’autre. La seule solution pour mettre fin à ce cycle est de regarder en soi, et de voir ce que ces situations peuvent nous apprendre sur nous même. Je pense que ce que les alchimistes appellent l’œuvre au blanc correspond au dépassement de la projection (autant que possible), et au désamorçage de ces cercles vicieux de la « mauvaise synchronicité », qui bien entendu n’est pas si mauvaise quand on sait la décoder et en tirer des enseignements.
Pour ce qui est de la bonne synchronicité, il s’agit de ces « coïncidences » qui égayent la vie. A certains moments particuliers, elles peuvent se succéder à une allure incroyable. Cela correspond au hasard objectif d’André Breton qui permet l’invasion du merveilleux dans le quotidien. La magie, permet de manière ponctuelle de créer ce genre de synchronicité. La voie mystique est pour moi un moyen plus permanant, plus mature, d’intégrer ce merveilleux dans le vie de tous les jours. C’est en cela que la magie est dangereuse. Si l’on veut accéder à la bonne synchronicité alors que l’on n’a pas compris la mauvaise, l’univers risque de ne pas être d’accord, et de nous le faire savoir. Et c’est pour cela que la voie mystique me semble une approche plus mature. Au lieu de chercher à changer le monde autour de soi, on le change en soi, activement, et on attend de voir, quel reflet nous donne l’univers, qu’elle synchronicité se place sur notre chemin. C’est beaucoup plus fort que l’approche magique ou l’on cherche à réaliser sa volonté. On obtient beaucoup plus ainsi. On arrive à des choses que notre volonté n’imaginerait même pas et qui nous rendent infiniment plus heureux.
Commentaires
ca pourait etre comme un reve qui,se realise...un genre de reve eveille
le langage jungien est parfois rude. Là tu exprime très bien le phénomène. cela fait peu que je le vis. on me l'enseigne sous le nom de point catastrophe. ce qui ne signifie pas que c'est une catastrophe négative. bref, la beauté ne se déclenche pas lorsqu'on le décide.