Le divin interviens sous plusieurs formes, et désigne donc plusieurs choses, qui sont liées mais relativement différentes, et qu’il ne faut pas confondre. Pour aller du multiple vers l’unique, on peut adopter une vision panthéiste et voir le divin qu’il y a en chaque chose. Ensuite, avec la vision polythéiste, on peut voir le divin à l’image de l’homme sous forme de dieux humanisés. C’est sûrement la façon la plus accessible d’appréhender le divin, car ces dieux humanisés sont à notre image, avec chacun des particularités liées à des problématiques humaines concrètes. On peut intercaler entre le polythéisme et le monothéisme, une couche qui à mon avis est assez mince, celle du bi théisme. Enfin dans la vision monothéiste, on peut appréhender le divin comme un grand tout.

Bien entendu tous ces points de vue sont compatibles et il est même sain de chercher à les appréhender tous. On croise trop souvent des « néo-polythéistes » persuadés que leur pratique est incompatible avec le monothéisme (je parle bien entendu pas de monothéisme institutionnel mais de monothéisme expérimental). On se rend pourtant compte à travers l’expérience, que le monothéisme et le panthéisme, que l’on pourrait croire opposés, se rejoignent. Tout comme il est sain dans l’expérience du divin à l’échelle monothéiste de comprendre qu’il s’agit d’une forme de divin impersonnel, et qu’il ne faut pas lui donner une image de vieux barbu avec une personnalité et un sexe, il est sain de comprendre que les divinités polythéistes n’ont rien d’absolues. Même si les dieux du polythéisme sont une grande source d’enseignements, il faut toujours relativiser et ne pas prendre cela pour une vérité absolue. En étant à l’image de l’homme ces divinités ont leurs défauts et ne sont pas omniscientes. Je pense qu’en cherchant le divin sous toutes ses formes, on peut plus facilement mettre chaque chose à sa place et éviter ce genre de travers.

Etrangement, la wicca se concentre principalement sur le niveau du bi théisme, qui n’est pas forcement le plus accessible. D’autant que ça me semble assez peu réussit dans la wicca parce que même quand on parle du dieu et de la déesse, on les imagine toujours sous une forme personnifié, par exemple Cernunnos et Aradia. On trouve dans le shivaïsme l’exemple le mieux réussi de bi théisme que je connaisse. Je ne parle pas du shivaïsme en général ou il s’agit de polythéisme, mais dans la vision selon laquelle Shiva représente la création à l’état latent, non manifestée, et Shakti est l’énergie qui met la création en mouvement. Ils ne représentent pas des fonctions humaines. L’un sans l’autre, ils n’ont pas de raison d’être, et l’univers connu ne se manifeste pas. Ils ont chacun leur rôle à jouer, et c’est de leur union que tout se créé. Cette conception peut sembler un peu abstraite, pourtant elle est très utile dans la pratique du yoga, on peut assimiler Shiva au corps et Shakti à l’énergie, même si c’est un peu plus complexe que cela. On retrouve également cela dans la maithuna (union sexuelle tantrique) ou, toujours pour faire simple, l’homme endosse le rôle de Shiva, et la femme Shakti.

La wicca est une réaction au christianisme, et comme toute réaction, elle ne peut que recopier se quelle cherche à éviter. Bien souvent, dans une tentative de fuir l’erreur des grandes religions, le dieu prend une place réduite, et la déesse, se veut absolue. Pourtant, nous ne sommes pas des plantes vertes, et il faut un homme et une femme pour donner la vie. On ne peut pas trouver plus de stabilité dans le matriarcat que dans le patriarcat, car ses deux fonctionnement ne sont pas à l’image de la nature humaine. Il faut comme dans l’exemple de Shiva et Shakti comprendre et accepter nos différences hommes/femmes, accepter nos rôles respectifs qui n’ont aucun sens l’un sans l’autre, et trouver l’équilibre qui permet la création.

Il faut rester prudent lors de la pratique avec les divinités personnifiées, surtout quand on pratique des invocations et donc que l’on incarne l’entité. La petite énergie que l’on est va modifier légèrement la divinité, mais inversement, la grande énergie de la divinité va nous modifier de façon parfois importante. Ce n’est pas mal en soit, mais le monothéisme nous a donné une vision tellement faussée du divin que cela peut être dangereux. Il faut garder à l’esprit le fait que même si les grandes religions nous enseignent que dieu est autre, dans les religions dites primitives, les divinités font parties de la famille et ce genre d’expérience n’a rien d’extraordinaire. Vivre ce genre d’expériences ne fait pas de nous le messie ou l’élu. C’est juste normal dans ce genre de pratiques. De la même façon, il ne faut pas voir ce genre d’expériences comme une fin en soit ni la réalisation absolue. Même si les divinités peuvent nous enseigner, nous ouvrir, nous montrer le chemin, le but ultime de la spiritualité est de se trouver soi, et non de se perdre dans une divinité.

Jung a décrit deux archétypes principaux qui se cachent à un degré différent derrière chaque divinité (encore une fois pour faire simple, on peut très bien avoir un lien avec ces archétypes sans s’être intéressé au divin). Il s’agit du vieux sage et de la grande mère. Ces archétypes sont dangereux.

Quand on a éveillé en soi le vieux sage, on est tenté de croire que l’on détient la sagesse, que l’on peut enseigner, guérir, que l’on détient des dons prophétiques. Bien entendu, tout cela est possible à des degrés différents, mais le vieux sage empêche toute capacité de relativiser, tout esprit critique. Il empêche l’humilité et mène à la destruction. Une personne possédée par le vieux sage pourra facilement se trouver des élèves. Ces personnes ont quelque chose de fascinant. Pourtant la moindre analyse de leur comportement, de leurs dires, ... démontre que ses personnes sont très limitées, perdues, bien loin du vieux sage qu’elles croient être. La France se veut très rationnelle, et les gens pensent que les gourous recherchent l’argent ou le sexe. Pourtant la plupart des gourous que j’ai pu croiser relevaient généralement du vieux sage.

L’archétype de la grande mère est l’équivalent féminin du vieux sage (bien entendu, un femme peut très bien endosser le vieux sage et inversement). Une personne possédée par la grande mère pense qu’elle a une capacité infinie à aimer, comprendre, protéger, que tout le monde est intrinsèquement bon, un peut comme une mère avec ses enfants. Tout comme pour le vieux sage, il est bien entendu possible de ressentir cela lors d’expériences, mais il faut également relativiser et replacer les choses dans leur contexte. Et bien entendu, une personne possédée par la grande mère s’épuisera pour rendre service à des personnes qui n’ont aucun respect pour elle et ira également à la destruction.