Le Blog d'Artus, wicca, sorcellerie, chamanisme

mercredi 30 janvier 2008

Les ondes de forme

Voici encore un exemple pour illustrer les concepts de symboles passifs et actifs. La notion d'ondes de forme est issue de la géobiologie, concept inventé par un ancien médecin militaire nazi dans les années 50, Ernst Hartmann. Hartmann prétendait avoir découvert un quadrillage de "courants telluriques" détectables au magnétomètre ou au compteur Geiger. En réalité ces observations n'ont jamais été vérifiées par les géophysiciens, la géobiologie est seulement une pseudo-science. Ce genre de croyances est souvent très populaires chez les personnes qui ont de faibles connaissances scientifiques, pour la simple raison que ça a l'air sérieux et prouvé, même s'il s'agit de superstitions.

Comme je l'ai déjà expliqué, une superstition peut être utilisée dans un cadre magique en tant que symbole passif et devenir tout à fait efficace, si peu que cette superstition stimule notre imaginaire. Le XIX°s était une période où le déterminisme scientifique régnait en maitre, avant d'être remis en cause au XX°s par les théories relativistes et quantiques. Ces théories ont repoussé les limites de la science, mais elles ont également montré que la science n'était pas la réalité, mais un ensemble de théories qui ne fonctionnent que dans certaines conditions et se contredisent parfois. En effet, s'il existe un point de compatibilité entre mécanique newtonienne et mécanique relativiste, où entre mécanique newtonienne et mécanique quantique, la mécanique relativiste et la mécanique quantique sont parfaitement incompatibles. Les scientifiques ont aujourd'hui conscience des limites de la science, pourtant dans l'imaginaire du grand public, la science est plus que jamais considérée comme la vérité absolue. Même les personnes qui s'intéressent à l'ésotérisme sont tentées de rechercher des théories qui semblent reposer sur la science, parce que cela fait plus sérieux. C'est ainsi que les pseudo-sciences trouvent leur symbolisme actif. Parce que la science, même imaginaire, est dans l'air du temps. En réalité on peut tout à fait aborder l'ésotérisme avec une certaine rigueur, à partir du moment où on applique cette rigueur à des phénomènes du domaine de la croyance, ce que l'on ne retrouve d'ailleurs pas dans les pseudo-sciences débordantes de sophisme et niant le phénomène de croyance.

Les ondes de forme peuvent être utilisées en magie comme symboles passifs, malheureusement elles sont la source de nombreux dogmes dès qu'on les considère comme des symboles actifs. Certaines personnes sont tentées de penser qu'un symbole tracé émet des ondes de forme lui donnant un pouvoir intrinsèque, et qu'il n'est donc pas à la portée de tout le monde de créer un tel symbole. Austin Spare, avec sa méthode de sigilisation, nous a clairement démontré le contraire. La création de sceaux est à la accessible à tous. Il ne s'agit de toute façon que de symboles passifs, l'important est de savoir comment on les active.

lundi 28 janvier 2008

Commentaires

Suite à un oubli lors de la mise à jour du thème, les commentaires ne fonctionnaient plus, le problème est réglé :-)

Les égrégores

Toujours pour illustrer le concept de symbolisme passif et actif, j'aimerais évoquer le sujet des égrégores. Ce concept a été introduit dans l'ésotérisme du XIX°s par Stanislas de Guaita. Selon lui, le terme égrégore désignait une personnification invisible, ce qu'un animiste appellerait tout simplement un esprit. Le concept a ensuite été repris et modifié par Robert Ambelain. Sa définition me semble beaucoup plus douteuse et pourtant c'est celle qui est communément admise aujourd'hui. Selon Ambelain, un égrégore est une personnification créée et alimentée par la croyance de groupe. L'égrégore est devenu un nouvel argument markéting dans la plupart des groupes occultes. En plus de recevoir une initiation et d'apprendre des secrets, depuis Ambelain, l'introduction dans un tel groupe fait qu'on est rattaché à un puissant égrégore qui nous guide et nous protège, parce que le groupe est important, qu'il existe depuis la nuit des temps, ...

Pour justifier cette croyance, on fait souvent un parallèle entre égrégore et inconscient collectif. C'est pourtant deux choses totalement différentes. La notion d'inconscient collectif a été introduite par Jung suite à l'observation de certains rêves pour lesquels la notion d'inconscient personnel ne suffisait pas, alors que la notion d'égrégore est une pure spéculation. L'inconscient collectif est quelque chose qui évolue sur des temps géologiques, selon Jung, le monothéisme n'a créé qu'un léger vernis dans l'inconscient collectif. On peut penser que l'importance du culte de Marie est une illustration de ce point de vue. Si malgré son déclin, le christianisme est encore profondément ancré dans notre morale, c'est seulement culturel et personnel, il n'est pas question d'inconscient collectif. Penser que l'on peut influer sur l'inconscient collectif à l'échelle humaine, ou même à l'échelle d'une civilisation, c'est surestimer l'importance de l'humain. La notion d'égrégore est le plus souvent utilisée pour se déresponsabiliser de ses pensées ou de ses actes, un moyen de projection pour rejeter à l'extérieur ce que l'on ne veut pas voir à l'intérieur. C'est également un concept infantilisant qui incite à chercher à l'extérieur que l'on pourrait trouver à l'intérieur, ce qui constitue un handicap au processus d'individualisation.

Le concept d'égrégore est le plus souvent évoqué par des personnes qui veulent faire la promotion d'une tradition, s'auto-congratuler au sujet d'une initiation dans un groupe, ou qui ont abordé le spirituel d'un point de vue trop théorique et qui ont adopté cette hypothèse sans observations ni expériences, en pensant que c'était un fait établi. Le concept d'égrégore est pour moi une superstition, un symbole passif. Il ne possède donc pas de pouvoir en lui-même. Comme tout symbole passif, il peut être associé à un symbolisme actif et être utilisé à des fins pratiques. Le fait de croire au concept d'égrégore lui donne un pouvoir, et c'est une croyance qui peut être utilisée comme n'importe quelle autre. Il est juste bon de ne pas être esclave de ce système de croyance, et de garder à l'esprit que la notion d'égregore n'a pas de pouvoir en elle-même, que ce pouvoir est personnel. L'égregore est juste un moyen d'éveiller ce pouvoir, une clef pour stimuler votre imaginaire, mais à vrai dire, que vous utilisiez une divinité ancienne ou moderne, locale ou exotique, un personnage de fiction, une entité créée pour l'occasion, ou un égrégore, le résultat sera strictement le même.

vendredi 25 janvier 2008

L'appel ancien

L'appel ancien est un bon exemple pour illustrer mon article sur les symboles passifs et actifs.

Bagahi laca bachahé,
Lamac cahi achabahé,
Karrelyos.

Lamac lamec bachalyos,
Cabahagi sabalyos,
Baryolas.

Lagozatha cabyolas,
Samahac et famyolas,
Harrahya.

Aucun initié à la wicca ne connait le sens véritable de ces mots pour la simple raison qu'aucun expert n'a jamais su décrypter ce texte. Pratiquement aucun ne connait l'origine de cette tirade. Pourtant ce passage est récité dans chaque rituel, sans en connaitre la raison, comme si les mots avaient un pouvoir intrinsèque.

La première apparition de ce texte date du XIII°s dans la pièce de Rutebeuf, Le miracle de Théophile. Salatin, l'un des personnages qui représente l'ennemi du christianisme, l'utilise pour appeler le diable. La supposition la plus vraisemblable est qu'il s'agit d'un langage inventé par Rutebeuf, en mélangeant des consonances hébraïques, grecques, et arabes.

Cependant, à partir du moment où l'on ne récite plus ce texte machinalement, mais on lui attribue une vertu particulière, on associe un symbolisme actif au symbole passif. Dans ces conditions, cette tirade peut tout à fait être utilisée efficacement pour un usage magique. Cet exemple illustre assez bien le "rien est vrai, tout est permis" des chaoticiens.

Les bases de la magie

Selon la psychologie moderne, la magie est systématiquement considérée comme une superstition. Je pense principalement aux concepts de pensée magique et de toute-puissance, mais aussi aux ressentis d'énergie considérés comme des hallucinations psychotiques ou à l'expérience de possession, symptôme de l'hystérie. Il faut tout de même savoir que même si ces théories traduisent parfois une réalité psychologique, elles ont également leurs limites et ont parfois pris naissance dans un contexte douteux, par exemple dans le livre de Sigmund Freud, "Totem et tabou". Dans ce livre, Freud invente un modèle de société primitive qui n'a jamais existé pour étayer ses théories. Elles ont d'ailleurs été fortement critiquées, par exemple par l'anthropologue français, Claude Lévi-Strauss. Pour celui qui pratique, il est évident que la magie ne relève pas uniquement de la superstition ou du trouble mental. Cependant, la magie attire bon nombre de personnes animées par la peur et la superstition et il est difficile de faire le tri entre réalité et fantasme.

Pour faire le tri il faut tout d'abord comprendre comment fonctionne la magie. Pour cela, je vous propose une théorie qui elle aussi a ses limites, mais qui permet de mieux cerner les mécanismes à la base de la magie. Si l'on considère que la magie est structurée comme un langage, on peut faire un parallèle entre le symbolisme en magie et les signes linguistiques. Un signe linguistique est composé d'un signifiant et d'un signifié. Le signifiant correspond au mot, à la forme sonore, il n'a pas de valeur en lui même, c'est juste une convention arbitraire pouvant évoluer avec le temps, cette convention étant généralement différente d'une langue à une autre. Le signifié est quant à lui le concept exprimé par le signifiant. Par exemple le mot français "amour" qui est un signifiant associé au concept d'amour, le signifié. Alors que le signifié a une valeur universelle, dans notre exemple le concept d'amour que l'on retrouve dans toutes les langues, le signifiant n'est qu'une convention qui n'existe que dans le cadre d'une langue, dans notre exemple le français.

Dans le contexte de la magie, je parlerais de symbole passif lorsqu'il s'agit de signifiant, et de symbole actif lorsqu'il s'agit de signifié. Tout symbole magique physique, par exemple un sceau, un pantacle, un mantra, un geste magique, est un symbole passif, il n'a pas de pouvoir en lui même et n'a de sens qu'au sein d'une communauté. Chacun de ses symboles passifs est lié à un ou plusieurs symboles actifs qui existent dans notre imaginaire et qui peuvent dans certaines conditions déclencher un effet. C'est dans notre imaginaire que réside le véritable pouvoir magique, pas dans des symboles physiques. La plus grosse idée fausse en matière de magie est de penser que des symboles passifs ont un pouvoir en eux-mêmes, que certains sont plus puissants que d'autres, qu'il existe des secrets et une meilleure façon de faire, alors qu'en réalité les symboles en question sont passifs, ils n'ont que le pouvoir qu'on leur donne, en fonction du sens qu'on leur accorde et de notre intention. Il n'existe pas de meilleure façon de faire, à chacun de trouver ou créer les symboles et les méthodes qui fonctionnent le mieux pour stimuler son imaginaire, en fonction de ses goûts et de son vécu.

Cette idée que des symboles passifs puissent avoir un pouvoir en eux-mêmes est au départ entrenue par un certain nombre de sociétés secrètes. La wicca traditionnelle et sa notion de secret participe d'ailleurs à ce mythe. On remarque que cette idée est liée au départ à une volonté de manipuler et de faire croire que l'on connait certains secrets pour s'attirer des fidèles. Ce mythe est ensuite largement diffusé par des ignorants qui croient connaitre des secrets. Qu'il s'agisse de manipulation ou d'ignorance, cette idée n'apporte de toute façon pas grand chose à la compréhension de la magie, au contraire, elle empêche cette compréhension.

D'une manière générale, les pratiques magiques sont constituées de symboles passifs qui activent en nous toute une série de symboles actifs pour provoquer un effet. Il existe cependant des pratiques particulières qui sont à mi-chemin en symbolisme passif et symbolisme actif. Il s'agit des pratiques qui ont un effet physiologique, comme par exemple les postures de yoga qui ont un effet sur la circulation sanguine et les organes, ou les techniques de respirations qui ont un effet sur l'oxygénation du sang. Ces pratiques ont un réel pouvoir lié à leur action sur notre organisme. Par contre leur symbolisme est également passif, et leur pouvoir est aussi lié au sens qu'on leur donne et à notre intention. Par exemple une personne qui connait un peu l'hindouisme ou le bouddhisme fera l'association entre la posture du lotus et l'idée de méditation, de paix, d'illumination. Si on enseignait la posture du lotus à une personne qui ne connaitrait absolument pas l'existence de ces traditions, il ne resterai que l'effet physiologique.