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Histoire de la wicca

Le mythe fondateur de la wicca est issu des théories de Johann Jakob Bachofen (1815-1887). Les théories de Bachofen reposent sur deux grands axes. L'idée de « grande déesse », et de l'importance du principe féminin dans les religions dites primitives. Et la notion de matriarcat. Concernant le premier point, les découvertes archéologiques modernes ont tendance à confirmer son hypothèse de la grande déesse. Par contre sa théorie sur le matriarcat dans le paganisme a été remise en cause, entre autre par l'historien Simon Pembroke dans les années 70, qui a démontré une absence de preuves.

Vient ensuite se greffer la théorie d'un personnage plus connu dans la wicca, Margaret Murray (1863-1963). Selon elle, les sabbats racontés pendant les procès de sorcellerie au moyen age décriraient la pratique d'une ancienne religion païenne ayant subsisté au christianisme. Tout cela serait le témoignage d'un culte organisé, de rassemblements , de rituels. Sa théorie est entièrement remise en cause aujourd'hui. On lui reproche d'avoir choisi ses sources en éloignant celles qui contredisaient sa thèse, et d'interpréter à sa manière celles qu'elle avait choisi d'utiliser. Elle a malgré tout ses partisans dans les milieux wiccan et néo-païen. Son idée était bonne, mais je pense qu'elle avait une vision trop terre à terre de la spiritualité. Elle a par exemple mis de coté les rapports parlant de transformation en animaux et de vol de nuit, parce que cela ne correspondait pas à son idée de cultes organisés. Elle n'avait pas compris que tout cela se passait dans l'autre monde.

Gerald Gardner est né en 1884, a passé la majeure partie de sa vie en Malaisie, puis est retourné en Angleterre lors de sa retraite, en 1936. Il rejoint en 1938 le groupe rosicrucien et co-maçon (la co-maçonnerie est une forme de franc-maçonnerie mixte), crotona fellowship. Ce groupe avait la volonté de créer des rituels de sorcellerie s'inspirant des écrits de Margaret Murray. Gardner prétend avoir été initié en 1939 par Old Dorothy, sorcière héréditaire, il avait alors 55 ans. Pourtant, quand on ordonne ses écrits, on n'a plutôt l'impression de voir le mythe et les rituels se développer petit en petit. Le première version du livre des ombres date de 1949 soit dix ans après cette prétendue initiation, avant il y avait le « ye bok of ye arte magickal » une ébauche du livre des ombres, très inspiré des clefs de Salomon. Tous les chercheurs sérieux qui ont étudié l'histoire de la wicca sont unanimes, Gardner a créé le wicca.

La façon de tracer le cercle ressemble beaucoup à celle utilisé dans la golden dawn, les associations éléments / directions / couleurs, façon de visualiser le cercle et des tracer les pentacles aux quartiers, le concept de gardien des tours de garde (issus de la magie énochienne et utilisés par la golden dawn). Gardner prétendait dans « witchcraft today », en 1954, que les personnes à l'origine de la wicca avaient sûrement les mêmes sources que ceux à l'origine de la Golden Dawn 70 ans plus tôt, d'où le mythe que le wicca aurait été créée au XIX° siècle. Ceci n'a bien entendu aucun sens, l'idée de la wicca reposants de façon évidente sur les écrits de Margaret Murray.

Non seulement Crowley, l'OTO, la Golden Dawn et les clefs de Salomon ont eu une importance capitale dans la constitution de la wicca, mais on retrouve également une forte influence maçonnique. Les trois degrés initiatiques, le concept d'Art, le « qu'il en soit ainsi » utilisé dans les rituels. Le rituel d'initiation de la wicca est calqué sur le rituel maçonnique, l'épreuve, l'idée d'être correctement préparé (même si cela prend un sens différent dans la wicca), le quintuple baiser inspiré des cinq points de compagnonnage, le contenu du serment, la présentation des outils. Le pentacle et le symbolisme qui lui est associé est issu de l'étoile flamboyante de la franc-maçonnerie (symbole du compagnon) elle même reprise aux gnostiques et qui à l'origine n'a rien d'un symbole sorcier. Dans « the meaning of witchcraft », en 1959, il livre certains détails de sa prétendue initiation :

J'ai réalisé que j'étais tombé sur quelque chose d'intéressant; mais j'étais à moitié initié avant que le mot, « wica » qu'ils avaient utilisé me touche comme un coup de foudre, et j'ai su ou j'étais, et que l'Ancienne Religion existait encore. Et alors je me suis retrouvé dans le Cercle, et j'ai accepté l'habituel serment du secret, qui m'interdit de révéler un certain nombre de choses.

Il parle de secret, pourtant, dans « high magic's aid », publié en 1949, il donne par exemple le rituel d'initiation dans sa totalité. Il a toujours eu une grosse envie de publicité. C'est même cette envie excessive de publicité qui a créé le fossé entre lui et Doreen Valiente arrivé dans le coven en 1953, et partie en 1957 après avoir écrit les rituels de sabbats mineurs qui n'existaient pas dans les premières versions du livre des ombres, et une grosse partie de la charge de la déesse, (les passages venant d'Aleister Crowley). Selon les mots de Gardner, rapportés par Doreen Valiente, il aurait complété les rituels trop fragmentaires venant de Old Dorothy.

De toute façon, Gardner connaissait la franc-maçonnerie, il ne se serait jamais extasié devant un rituel d'initiation calqué sur celui de cette tradition. Il est bien plus probable que son initiation dans une tradition héréditaire n'ait jamais eu lieu. D'autant que ces idées de sorcellerie héréditaire et d'ancienne religion reposent sur les écrits de Margaret Murray qui n'ont aucune valeur historique. Encore une fois, Gardner alimente son mythe de création.

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