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Les égrégores

Toujours pour illustrer le concept de symbolisme passif et actif, j'aimerais évoquer le sujet des égrégores. Ce concept a été introduit dans l'ésotérisme du XIX°s par Stanislas de Guaita. Selon lui, le terme égrégore désignait une personnification invisible, ce qu'un animiste appellerait tout simplement un esprit. Le concept a ensuite été repris et modifié par Robert Ambelain. Sa définition me semble beaucoup plus douteuse et pourtant c'est celle qui est communément admise aujourd'hui. Selon Ambelain, un égrégore est une personnification créée et alimentée par la croyance de groupe. L'égrégore est devenu un nouvel argument markéting dans la plupart des groupes occultes. En plus de recevoir une initiation et d'apprendre des secrets, depuis Ambelain, l'introduction dans un tel groupe fait qu'on est rattaché à un puissant égrégore qui nous guide et nous protège, parce que le groupe est important, qu'il existe depuis la nuit des temps, ...

Pour justifier cette croyance, on fait souvent un parallèle entre égrégore et inconscient collectif. C'est pourtant deux choses totalement différentes. La notion d'inconscient collectif a été introduite par Jung suite à l'observation de certains rêves pour lesquels la notion d'inconscient personnel ne suffisait pas, alors que la notion d'égrégore est une pure spéculation. L'inconscient collectif est quelque chose qui évolue sur des temps géologiques, selon Jung, le monothéisme n'a créé qu'un léger vernis dans l'inconscient collectif. On peut penser que l'importance du culte de Marie est une illustration de ce point de vue. Si malgré son déclin, le christianisme est encore profondément ancré dans notre morale, c'est seulement culturel et personnel, il n'est pas question d'inconscient collectif. Penser que l'on peut influer sur l'inconscient collectif à l'échelle humaine, ou même à l'échelle d'une civilisation, c'est surestimer l'importance de l'humain. La notion d'égrégore est le plus souvent utilisée pour se déresponsabiliser de ses pensées ou de ses actes, un moyen de projection pour rejeter à l'extérieur ce que l'on ne veut pas voir à l'intérieur. C'est également un concept infantilisant qui incite à chercher à l'extérieur que l'on pourrait trouver à l'intérieur, ce qui constitue un handicap au processus d'individualisation.

Le concept d'égrégore est le plus souvent évoqué par des personnes qui veulent faire la promotion d'une tradition, s'auto-congratuler au sujet d'une initiation dans un groupe, ou qui ont abordé le spirituel d'un point de vue trop théorique et qui ont adopté cette hypothèse sans observations ni expériences, en pensant que c'était un fait établi. Le concept d'égrégore est pour moi une superstition, un symbole passif. Il ne possède donc pas de pouvoir en lui-même. Comme tout symbole passif, il peut être associé à un symbolisme actif et être utilisé à des fins pratiques. Le fait de croire au concept d'égrégore lui donne un pouvoir, et c'est une croyance qui peut être utilisée comme n'importe quelle autre. Il est juste bon de ne pas être esclave de ce système de croyance, et de garder à l'esprit que la notion d'égregore n'a pas de pouvoir en elle-même, que ce pouvoir est personnel. L'égregore est juste un moyen d'éveiller ce pouvoir, une clef pour stimuler votre imaginaire, mais à vrai dire, que vous utilisiez une divinité ancienne ou moderne, locale ou exotique, un personnage de fiction, une entité créée pour l'occasion, ou un égrégore, le résultat sera strictement le même.

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