Le Blog d'Artus, wicca, sorcellerie, chamanisme

La wicca et le diable

On associe souvent sorcellerie et Diable. Quand est-il réellement dans la wicca ? On trouve souvent la réponse un peu simpliste, « les wiccans ne croient pas au dieu de chrétiens, ils ne croient pas non plus au diable ». Je ne sais pas qui est à l'origine de cette phrase que l'on retrouve un peu partout, mais son auteur a une certaine méconnaissance de la wicca. En effet, comme nous l'avons vu dans l'article précédent, l'idée du divin absolu est bien présente dans la wicca.

Le mot Diable vient du grec « diabolein », ce qui signifie séparé. Séparé de Dieu, séparé du reste du monde en temps qu'individu. Cette définition correspond assez bien à la fonction de l'ego. En psychologie, l'ego est vu comme une bonne chose, car c'est lui qui est à la base de la personnalité et l'individu. En spiritualité, l'ego est considéré comme une chose négative, c'est le « faux moi », dont il faut se débarrasser pour atteindre le « moi supérieur », ce qui donne un réel accès au divin et à autrui. Qui du courant psychologique ou spirituel à raison ? A mon avis, les deux ont raison. L'ego est une bonne chose tant qu'il reste à sa place. Il est le véhicule de la vie, mais ne doit pas devenir le conducteur. La wicca, telle que je la conçois, ne cherche pas à chasser totalement l'ego comme le voudraient certaines spiritualités. L'ego fait parti de la vie, il est l'un de ses fondements, vouloir le nier totalement serait une erreur. Il faut juste trouver sa place, et prendre garde à ce qu'il ne devienne pas le maître, et savoir le mettre de côté pour vivre certaines expériences.

On parle également de Satan. Que peut-on dire à son sujet ? Satan, en hébreu, ha shatan, est l'ennemi. On peut le voir comme l'ennemi intérieur, la peur qui nous freine dans notre vie, l'ombre en termes jungiens. Cela est une mauvaise chose, mais elle existe en chacun de nous, et malgré tout les exercices de purifications que l'on peut faire, elle sera toujours là. Croire que l'on peut chasser totalement et définitivement cette ombre est une erreur. Plus on croit cela, plus elle nous domine. Plus on se prend pour le chevalier blanc, plus on laisse libre action au chevalier noir. Il faut plutôt que de la nier, il faut cultiver sa conscience à l'ombre, apprendre à l'apprivoiser. Plus on a conscience de sa présence, moins elle interagit dans notre vie.

Que ce soit pour le Diable ou pour Satan, ces deux concepts font référence à deux fonctions humaines avec lesquelles il faut apprendre à jongler pour trouver le bonheur. La politique de l'autruche entretenue par les « grandes » religions est inefficace. Ces fonctions sont inhérentes à l'humain, et même plus, à la création toute entière. Se croire au-dessus de cela, c'est leur laisser libre court. En aucun cas, dans ma façon d'envisager la wicca, il n’est question de vouer un culte au Diable ou à Satan. Au contraire, se sont des énergies dont il faut apprendre à se libérer. Mais nier leur présence en soi-même n'est pas la bonne façon de s'en libérer, et leur laisse toute liberté. C'est cette négation qui explique à mon avis toutes les atrocités commises au nom de Dieu dans les grandes religions.

Juste un mot au sujet de Lucifer, puisque les noms Diable, Satan, et Lucifer sont souvent utilisés comme synonymes. Le nom Lucifer n'apparaît qu'une seule fois dans la bible (Isaïe 14:12), dans la traduction de St Jérôme, qui en fait le nom de Satan avant sa chute. Le nom Lucifer vient de « lux ferre » et signifie « porteur de lumière ». Il s'agit en fait d'une erreur de traduction de « heylel ben shakhar », devenu « Lucifer, fils du matin », alors que heylel n'est pas un nom propre, et qu'une traduction plus littérale serait « Étoile du jour, fils de l'aube ». L'Église catholique romaine a donc inclus un contresens, Satan est présenté comme une étoile qui voudrait se substituer au soleil, en aucun cas un porteur de lumière. Il existe des tas d'interprétations plus ou moins farfelues sur son identité. On en fait souvent le fils de Venus/Ishtar/Astarté. On trouve également le parallèle entre heylel et Nabuchodonosor, et on peut voir dans la chute de Satan, une version imagée de la chute du roi de Babylone qui pensait être l'égal de Yahvé. Par esprit de contradiction vis-à-vis du christianisme, il est parfois vu comme une entité positive, l'initiateur, le porteur de la connaissance, finalement une sorte de Shiva occidental. Cette entité peut tout à fait fonctionner, même si cette vision est issue d'une erreur de traduction et qu'à l'origine, Lucifer n'existe pas.

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