Le Blog d'Artus, wicca, sorcellerie, chamanisme

samedi 8 mars 2008

Moralité et wicca

L'idée de morale est un sujet qu'il est toujours difficile d'aborder dans une religion ou une spiritualité. On est souvent tenté de laisser cet élément de côté en disant qu'il s'agit d'un dogme inutile. On observe aussi le cas inverse, ou le code moral est appliqué à la lettre, et devient réellement un dogme. Pourtant, selon ma propre expérience, c'est un élément essentiel de réussite dans une démarche spirituelle et c'est très souvent ce qu'il manque pour obtenir de réels résultats. On peut mettre en oeuvre toutes les pratiques possibles et imaginables, aussi efficaces soient-elles, sans un code moral "correct", cela est peine perdue et ne mène nulle part.

Dans la wicca, le code moral est assez simple, et le plus souvent laissé de côté. Il se résume à deux choses, la conclusion du rede wiccan, "fait ce que tu veux, mais ne blesse personne", et à la loi du triple retour, selon laquelle tout ce que l'on fait, bon ou mauvais, nous est rendu au triple.

L'assimilation de la conclusion du rede est souvent problématique. Il est bien entendu impossible de ne blesser personne, intentionnellement ou non. Il faut parfois prendre des décisions qui blesseront forcément quelqu'un, soi ou un autre. Une interprétation intéressante de cette phrase est qu'il faut toujours chercher la solution qui causera le moins de dommages. Cela reste toujours difficile d'évaluer, de façon désintéressée, quelle solution causera le moins de dommage. Cela permet cependant de répondre plus intelligemment (et autrement que par "non") à la fameuse question qui ressort souvent : "Peut-on fumer en étant wiccan, tout en sachant que cela nous blesse ?". La bonne question à se poser dans ce contexte serait plutôt : "Qu'est-ce qui nous blesse le moins, fumer ou arrêter de fumer ?". Bien entendu, selon les personnes la réponse sera différente.

Le sujet du triple retour a déjà suscité pas mal de réactions. La première, est "pourquoi triple ?". Effectivement, cela n'a pas beaucoup de sens, et aucune explication n'est donnée sur le pourquoi d'un retour triple. Pour ne pas tomber dans le dogmatisme, il est pourtant nécessaire lorsqu'on énonce un tel principe, de l'expliquer un minimum. Beaucoup critiquent également le côté récompense et punition de nos actes, très inspiré de la morale chrétienne. On peut aller plus loin, le triple retour entretien l'idée de séparation en le bien et le mal (puisque dans le rituel d'élévation au second degré, il est précisé que les bonnes actions seront récompensées au triple, par opposition aux mauvaises). Hors la logique du bien et du mal n'existe pas dans la nature et ce genre de dichotomie ne devrait pas avoir sa place dans une religion basée sur la nature. La nature n'est ni bonne ni mauvaise, elle est le plus souvent chaotique et absurde. Mais elle est aussi par certains aspects abondante et aimante.

Bon nombre de personnes, qui ont compris que la moralité était structurante et nécessaire à la réussite d'une pratique spirituelle, et qui malgré cela ont voulu échapper au dogmatisme des codes moraux "tout fait", ont décidé d'adopter leur propre morale, issue de leur propre expérience. C'est le cas par exemple des chaoticiens. C'est une bonne façon de faire, mais c'est un peu dommage de devoir réinventer la poudre, alors qu'il est tout à fait possible de se baser sur certaines grandes lignes pour développer plus rapidement un système moral viable.

Il est difficile d'échapper à la dualité bien/mal, même si on a conscience que cette séparation ne se manifeste pas dans la nature. Moi-même, je suis sûrement tombé quelques fois dans ce piège en écrivant certains articles. Je pense qu'une bonne façon de dépasser cette opposition est de remplacer la dualité de bien et de mal, par les idées d'amour et de peur. Contrairement aux idées de bien et de mal qui sont séparées et s'opposent de façon absolue, les idées d'amour et de peur se placent sur une même échelle. Plus il y a d'amour, moins il y a de peur, plus il y a de peur, moins il y a d'amour. De plus, la peur engendre l'agressivité (et l'agressivité témoigne de la peur). Du fait du principe de synchronicité, deux énergies semblables ont tendance à s'attirer. Plus on se place bas sur cette échelle peur/amour, plus on sera confronté à la peur et à l'agressivité, et plus on aura une vie agitée. Plus on se place haut sur cette échelle, dans l'amour inconditionnel, plus on aura une vie calme et harmonieuse.

Cette façon de voir les choses rend plus responsable de sa vie. Si on attire les "mauvaises" expériences et les "mauvaises" personnes, c'est qu'on est soi-même trop bas sur cette échelle, qu'il faut apprendre à se libérer de ses peurs, à ne pas entretenir son agressivité, et qu'il faut apprendre à aimer plus, de façon plus inconditionnelle. Ce n'est pas toujours facile, cela demande beaucoup de sincérité envers soi-même, de l'auto-connaissance, mais surtout, de l'auto-acceptation. Contrairement au modèle basé sur le bien et le mal, la culpabilité n'a pas sa place lorsqu'on décide d'évoluer sur cette échelle. En effet, il faut également apprendre à s'aimer soi-même, véritablement, non pas d'une façon superficielle et égotique pour se rassurer, mais d'une façon profonde et inconditionnelle. Bien entendu, cela est difficile à atteindre dans la pratique. Mais en ayant conscience de ces mécanismes, aidés par des pratiques spirituelles efficaces, il est tout à fait possible de tendre vers ce but.

Autre problème qui se pose, la vie est faite de hauts et de bas. Certaines expériences spirituelles ont tendance à nous propulser très haut, ce qui ensuite nous fait retomber très bas. Surtout lorsque l'on débute, on a tendance à chercher le sensationnel plutôt que la stabilité. Il est également important d'être conscient de ce phénomène, et d'apprendre à minimiser l'écart entre les hauts et les bas de la vie, tout en tendant, lentement mais sûrement, vers le haut de cette échelle. Bien des personnes ne se remettent jamais de ce genre de chutes. Elles préfèrent rester dans la peur en pensant que c'est la spiritualité qui est en cause, et qu'il est préférable de mettre tout cela de coté, cette décision étant prise d'une façon plus ou moins consciente ou inconsciente. Mais ce n'est pas une solution.

Voici donc un bon moyen de structurer sa pratique spirituelle, de lui donner un sens, sans se baser sur l'opposition habituelle du bien et du mal.

samedi 1 mars 2008

Wicca et réincarnation

Il est souvent dit que dans la wicca, on croit en la réincarnation et que cette croyance est héritée de l'ancienne religion. C'est une croyance traditionnelle dans la wicca gardnerienne et alexandrienne, le serment fait lors de l'initiation est basé sur cette idée de réincarnation. Personnellement, je n'ai jamais adhéré à cette croyance pour plusieurs raisons.

La notion d'ancienne religion est assez farfelue. Avant le dernier exode rural, les sorciers et sorcières des campagnes étaient chrétiens avant tout. Et même si l'on remonte au paganisme antique, l'idée de réincarnation n'existe pas. On y trouve parfois le concept de métempsycose qui peut sembler similaire, mais qui en réalité est très différent. L'idée de métempsychose peut sembler assez complexe à assimiler. Dans la métempsychose, il n'est pas question du changement de corps d'une âme individuelle, on parlerait alors de métensomatose. Dans la métempsychose, on envisage une âme universelle unique, dont chaque individu est l'expression "dégradée". C'est cette âme universelle qui subit des changements, au fur et à mesure de chaque existence et non une âme gardant son intégrité qui passerait de corps en corps. Le concept de samsâra dans l'hindouisme est également un exemple de métempsychose. Il ne s'agit pas de réincarnation comme beaucoup d'Occidentaux le croient. En réalité, l'idée de réincarnation telle qu'on la connait aujourd'hui a été inventée au XIX°s par la théosophie et l'on sait que Gerald Gardner a pratiqué avec Mabel Besant, fille d'Annie Besant membre de la société théosophique. La réincarnation fait partie des concepts théosophiques que l'on peut retrouver dans la wicca.

Autant j'adhère à l'idée de métempsychose, parce que cette notion permet d'expliquer un certain nombre d'expériences que j'ai pu vivre et de faire le lien entre divin absolu et divin en chaque chose, autant l'idée de réincarnation me semble incompatible avec l'expérience du divin et d'une façon plus générale, avec la spiritualité. C'est pour moi une façon de se rassurer et de s'inventer une importance illusoire.