Le chamanisme prend sa source avec le commencement de l’humanité. Dans les sociétés chamaniques, 1 à 2% des gens ont une sensibilité particulière qui leur permet d’avoir le rôle, lui aussi particulier, de chamane. Le chamanisme est une spiritualité sociale. Le chamane aide à la protection des nouveaux-nés, aide le passage à l’age adulte, aide la passage dans la mort, il soigne et diverti la tribu. Le chamane est un homme ordinaire. Malgré son rôle particulier, il vit de la même façon que les autres et ne se place pas au dessus.
Le chamanisme a ensuite dérivé, pour conduire au paganisme. Avec le paganisme, la société a évolué, et les inégalités ont commencés à se creuser. La caste des prêtes s’est placée au dessus, partageant de moins en moins avec le peuple, entretenant un culte du secret, leurs motivations sont devenues de plus en plus matérielles (richesses et pouvoir politique) que spirituelles. Partout le paganisme a donné lieu à pas mal de dégénérescence, sacrifices humains (celtes, aztèques, ...), esclavage (égyptiens, grecs, romains). Le mouvement new age donne une vision assez fleur bleue du paganisme. Pour moi le paganisme n’est pas beaucoup mieux que le christianisme, et même pire sur bien des points. En aucun cas je ne ferais le lien entre sorcellerie et paganisme, même si la sorcellerie emprunte souvent ses divinités au paganisme, c’est pour des raisons pratiques. C’est juste des connexions vers des énergies plus primordiales. La sorcellerie n’est pas une ancienne religion mais une spiritualité de transition. Quand je parle de transition, ce n'est pas sur une période de temps très court. La déspiritualisation du monde a commencé depuis des millénaires, quand les prêtes ont commencé à exercer un pouvoir matériel, et cela ne s'arrêtera pas demain.
Le christianisme, à travers son expansion en Europe, puis la colonisation en Afrique et sur le continent Américain, ... a continué l’annihilation de la spiritualité à travers le monde, et a même déclanché son autodestruction. Le positivisme au XIXe siècle, mouvement de pensée dans lequel on croit pouvoir expliquer le monde par la science, est devenu petit à petit le mode de pensée normal de tout occidental moyen, même si les scientifiques d’aujourd’hui savent très bien que tout cela n’est que l’illusion d’une époque. Les spiritualités dites primitives survivent plus ou moins bien, sur la continent Américain, en Afrique, dans le grand nord, ... J’ai l’impression que l’Asie un rôle un peut différent (sauf en ex URSS !), et que la spiritualité est restée plus vivante, même si elle décline sûrement avec la mondialisation.
On trouve de nombreuses définitions contradictoires pour la sorcellerie, avec des connotations plus ou moins négatives. Dans mon esprit, la sorcellerie est comme le chamanisme du point de vue des pratiques et du regard sur le monde, mais dans le monde occidental ou le regard sur le monde est complètement différent. De ce fait au lieu d’avoir un rôle social comme dans le chamanisme, la sorcellerie est asociale. La sorcellerie est donc une démarche beaucoup plus personnelle que le chamanisme. Ceci est ma définition, mais en même temps cela n’est pas uniquement une question de vocabulaire. Pour moi la sorcellerie n’est pas un amas de superstitions et de bricolages magiques, mais une voie mystique, sans aucun dogme, basée exclusivement sur l’expérience. De ce fait, ce que l’on peut considéré comme vrai à un moment de sa vie peut s’avérer faux un peu plus tard. J’aimerais à travers ce que j’écris, témoigner de cette évolution.
De ce que je peux observer, la sorcellerie est en train d’évoluer vers quelque chose de plus social. Les gens sont de plus en plus ouverts pour en parler, on croise de plus en plus de praticiens pour qui la sorcellerie est une véritable méthode d’éveil, et pas seulement une réflexion intellectuelle agrémentée de quelques bricolages magiques et/ou rituels. Jusqu'à présent bon nombre de personnes font circuler le mythe du groupe sorcier, de l’initiation, de la hiérarchie sorcière. On retrouve cela de façon assez générale dans les écrits de personnes qui ont cherché un renouveau de la sorcellerie. Je pense au contraire qu’au moyen age, la sorcellerie était une démarche encore plus personnelle qu’aujourd’hui. Je ne blâme pas ces personnes, ils ont fait ce qu’ils ont pu à partir des traditions occultistes de leur époque, très ancrées dans les schémas judéo-chrétiens, ils avaient ni le recul ni la connaissance que l’on peut avoir aujourd’hui.
Beaucoup de choses ont changés à ce niveau dans les années 50 avec par exemple les travaux de Mircea Eliade et de Gordon Wasson, et pour le meilleur et pour le pire, dans les années 70 avec la mode psychédélique et la « libération » sexuelle. Ce qui me motive à écrire sur la sorcellerie, c’est de voir que des gens de ma génération comme Andrew Chumbley n’ont pas suivi cette évolution et ont des idées aussi poussiéreuses qu’il y a 60 ans. Tout cela est stérile, tourne en rond. Il n’est pourtant pas difficile d’avancer, nous vivons dans une période plus que propice. Il faut juste accepter que le fait de pratiquer la sorcellerie ne nous fera pas rentrer dans une caste supérieure, il faut aussi sortir de l’idée, entretenue par grandes religions, que la plupart des gens ont besoin de quelqu’un d’autre pour prendre leur vie en main. L’ironie de la chose, c’est que toutes les personnes que j’ai croisé qui se plaçaient en maître voulaient s’occuper des autres, mais étaient incapable de s’occuper d’eux même, et pire que cela, ils étaient fortement dépendant des autres. Sans leur « disciples » ils n’existent plus. La sorcellerie est tout sauf cela ! Même en pratique de groupe, et même en pratique de couple, la sorcellerie est avant tout une démarche personnelle. Pour reprendre la charge de la Déesse, « Et vous qui pensez me chercher, sachez que votre quête et vos désirs seront vains, à moins que vous ne connaissiez le Mystère ; que si ce que vous cherchez, vous ne le trouvez pas en vous, vous ne le trouverez pas en dehors. ».
J’ai la sensation depuis plusieurs années que nous sommes à l’aube d’un soubresaut similaire à celui des années 70. Peut être en plus profond et plus spirituel. Peut être en plus « n’importe quoi » également. J’ai aussi l’impression que la sorcellerie et sa socialisation a un rôle à jouer dans ce mouvement. Vers quoi va-t-on évoluer ? Je ne sais pas. Vers un renouveau du chamanisme ? Franchement je n’ai pas l’impression, j’ai déjà clairement senti au cours de certaines expériences que le chamanisme était la spiritualité d’hier, et qu’il émergeait une spiritualité de demain. Ce n’est peut être que personnel. Mais je ne me suis jamais senti complètement chez moi dans le chamanisme, et aujourd’hui, je vois ça comme une graine qui nous est laissé pour cultiver la spiritualité de demain, et dont la sorcellerie est le germe. De toute façon, même dans l’hypothèse ou je ne me trompe pas, cela ne se fera pas en un claquement de doigt alors ça ne sert à rien que je m’attarde ;-) C’était juste pour vous donner ma définition, et mon point de vue sur la place charnière de la sorcellerie dans la spiritualité d'aujourd'hui, il vaut ce qu’il vaut et est sûrement très personnel, mais il me semble un peut plus actuel que tout ce que j’ai pu lire sur le sujet.