Bien souvent, quand on commence à s'intéresser à la spiritualité, on est en quête de connaissance et de vérité. Normalement, quand on pratique assez régulièrement, et que l'on adopte le bon état d'esprit, on se rend compte assez rapidement que ce n'est pas le but absolu, que toute vérité est relative, que l'on peut trouver la connaissance en soi. Que la spiritualité permet de guérir, de trouver le bonheur et l'épanouissement, que c'est cela son unique but. Malheureusement nous sommes dans une sorte d'hiver spirituel. La religion est celle du travail et de l'argent. Dans notre culture, les esprits, les dieux, et le spirituel en général, sont des choses lointaines, presque inaccessibles. Les personnes qui s'intéressent à la spiritualité sont souvent à parler de "surnaturel". Ce n'est bien entendu pas la bonne démarche. Il ne faut pas chercher à atteindre le surnaturel, mais à réapprendre à considérer tout cela comme naturel.
La plupart des spiritualités occidentales dressent une barrière entre matériel et spirituel. C'est une conséquence des "grandes" religions dans lesquelles dieu est autre, dieu est absolu. Ces disciplines considèrent justement ce qu'elles cherchent à atteindre comme surnaturel. Elles n'arrivent pas à faire la coupure avec notre culture scientifique, qui pourtant, si peut qu'on la connaisse, n'est pas si rationelle que l'on croit. Il ne faut pas non plus tomber dans la naïveté ni la superstition. La spiritualité doit rester une histoire d'expérience et non de croyance. Mais on ne peut pas non plus chercher à voler avec des chaînes aux pieds. C'est pourtant ce qu'il se passe quand on fait tout cela sans confiance, sans avoir l'esprit ouvert à tout ce qu'il peut se présenter, sans changer de point de vue.
Le fait de considérer le spirituel comme étranger a un autre effet pervers. La quête habituelle de connaissance qui se transforme ensuite en quête d'épanouissement est bien souvent remplacée par une quête de pouvoir. La encore il s'agit de l'héritage des grandes religions. Si elles ont fait en sorte que le divin soit considéré comme inaccessible, c'est pour en être les gardiennes et asseoir leur pouvoir. On retrouve malheureusement trop souvent cela dans les disciplines occidentales. Dans ses disciplines, on veut accéder au spirituel non pas pour se trouver et s'épanouir, mais pour avoir le pouvoir sur d'autres, plus novices. En se comportant ainsi, on ne remet pas en cause l'ordre établi par les grandes religions, on cherche juste à se placer dans le système tel qu'il est en tant que clergé. L'initiation est l'accès à une communauté, suivie par des montées en grade, une responsabilité et un pouvoir sur les autres, que l'on a même pas acquis sur soi.
Cette séparation entre matériel et spirituel, dont il n'est parfois pas simple de se détacher, fait qu'il est difficile de vivre sa spiritualité au jour le jour. C'est pourtant la seule façon de s'épanouir dans une spiritualité. Ce n'est pas en pratiquant une fois ou deux par mois que l'on arrive à quelque chose. On s'ouvre le temps d'un rituel, on revient à la "normale" ensuite, et on tourne en rond. Cela entraîne bien souvent beaucoup de frustration et d'agressivité, car cela permet d'atteindre des choses ponctuellement, sans vraiment en tirer profit dans sa vie de tous les jours. On ne peut pas avoir une pratique spirituelle à moitié. Soit on le fait, soit on ne le fait pas. Sinon bonjour les dégâts.
Il m'est arrivé de croiser des personnes dans le milieu bouddhiste qui avaient conscience que la place de la spiritualité devait être quotidienne. Selon eux, il fallait, pour partir du bon pied, consacrer dans un premier temps, deux ou trois ans à temps complet à la spiritualité. Bien entendu c'est facile d'avoir un beau discours et de dire qu'il faut rompre avec notre culture du travail et de l'argent, mais dans la vraie vie c'est moins facile. Des expériences ont montré qu'un chamane pouvait obtenir en dix minutes de transe au tambour, les mêmes fréquences d'ondes cérébrales qu'un maître zen en six heures de méditation. Voici la solution que j'ai trouvé pour mener de front une vie "ordinaire" et une vie spirituelle complète. Bien entendu ce n'est pas en faisant dix minutes de tambour que l'on atteint le niveau d'un chamane ou un maître zen. Ce n'est pas un raccourci qui épargne de longues années de pratique. Mais c'est un moyen qui permet de s'engager totalement dans la spiritualité sans devoir y consacrer beaucoup de temps.