On retrouve dans de nombreuses traditions, sorcières ou non sorcières, trois degrés d’initiation. On retrouve également ces trois degrés dans l’alchimie à travers les trois phases du grand œuvre. L’œuvre ou noir, ou nigredo, suivie de l’oeuvre au blanc ou albedo, et enfin l’ouvre au rouge ou rubedo, qui conduit au grand œuvre. Parfois ces trois degrés ont été subdivisés en une multitude. Généralement il s’agit plus d’une hiérarchie que le témoignage d’une progression initiatique réelle. La plupart des personnes dans ce type de traditions ne prennent absolument pas une voie mystique, mais restent des bricoleurs magiques, toute leur vie en pensant avoir trouvé toute l’étendue de la spiritualité, et restent au stade de la nigredo. L’initiation est juste l’acceptation dans la communauté, et les élévations aux degrés supérieurs des montés en grade. Pourtant, à l’origine cette échelle ne mesure rien qui ne puisse être tourné à la sauce égotique. Cela marque juste un niveau de guérison, d’acceptation de soi, de la vie, d’ouverture et de libération.
Au stade de la nigredo, stade dans lequel on reste toute sa vie tant que l’on n’a pas une véritable vie spirituelle, on fonctionne beaucoup à la projection. Quand il nous arrive quelque chose de mauvais, au lieu de se demander pourquoi on est affecté, qu’est ce qui ne va pas en nous, qui nous rend vulnérable et que l’on pourrait guérir, pourquoi la vie à mis cette expérience sur nos pas, on cherche une raison à l’extérieur. Parfois il y a effectivement quelqu’un qui a déclanché cet effet en nous, parfois non. Dans les deux cas le fait de se placer en victime ne nous fait guère avancer vers la guérison, au contraire cette attitude cultive le négatif. C’est pour cela qu’il est très inconfortable de s’engager à moitié sur une voie spirituelle.
Le fait de s’ouvrir fait que l’on devient beaucoup plus sensible que la moyenne. Et si on n’arrive pas bien vite à trouver le moyen de gérer cette sensibilité, cela tourne au cauchemar. L’échec des traditions de type wicca réside à mon avis là-dedans. On perd de vue le but de guérison et de libération, et on le remplace par un chemin hiérarchique. Je ne dis pas que l’idée de guérison est absente de la wicca, mais elle n’est pas assez prédominante. Elle n’a pas la place qu’elle devrait avoir dans toute spiritualité. C’est bien souvent trouver le divin pour trouver le divin.
Pour sortir de la nigredo et arriver à l’albedo, il faut vivre une descente aux enfers, aller jusqu'au bout de son ombre, de sa folie. Mais il ne suffit pas de toucher le fond, il faut également assimiler correctement l’expérience, sinon ce n’est qu’un traumatisme inutile. Bien entendu, cette transition ne se fait pas en un jour. Il faut comprendre et surtout assimiler, que cette folie est inhérente à la vie. Que c’est elle qui nous anime. Et que plus on la connaît et plus on l’accepte, moins elle se manifeste sous forme de mauvaise folie. Quand on l’apprivoise, elle devient une source de créativité infinie. C’est le but du chemin mystique.
Je pense que cette rude épreuve est le but recherché dans bon nombre de rites de passage vers l’age de 15 ans dans les sociétés dites « primitives ». C’est cette expérience qui permet d’accéder à la maturité spirituelle. Il n’y a aucune gloire à vivre ce genre d’expérience en occident, il y a juste à déplorer que cela ai disparu de notre société, et qu’il faille ramer pour y arriver. Que dans le meilleur des cas, on vit cela de façon tardive et solitaire, alors que cette expérience devrait être déclanchée lors de l’adolescence, et que toute une communauté devrait être là pour nous soutenir. Cette expérience est par exemple un passage obligé dans l’expérience de l’ayahuasca. Dans toutes les sociétés basées sur l’ayahuaca, chacun sait qu’il y a « cela » en chaque être.
Lors de la nigredo on cherche toujours la source de nos problèmes à l’extérieur, parce que « l’enfer c’est les autres ». Pendant l’albedo, il faut apprendre à fonctionner à l’envers et trouver ce qui ne va pas en nous. Bien entendu, lorsqu’on a assimilé suffisamment que l’enfer c’était nous, on se rend compte que c’est avant que l’on fonctionnait à l’envers. On se rend compte que chaque fois que l’on subit une agression, réelle ou imaginaire, au lieu d’envoyer bouler l’agresseur, si on se recentre sur soi, on trouve toujours quelque chose à changer en soi pour aller mieux. On se rend compte que cette attitude limite la négativité et rend bien plus heureux que de se placer en victime. Pourtant il faut des mois et des mois pour trouver ce mode de fonctionnement naturel.
Le but de la rubedo est de faire entrer le transpersonnel dans sa vie. Quand j’emploi le mot transpersonnel, je fait référence à Jung qui a introduit le mot « uberpersonlich » dans sa description de la psyché humaine. Pour accéder à cela, il faut aller jusqu’au bout de sa folie comme pour l’expérience précédente, mais dépasser ses peurs et de voir la réalité au delà de cette folie. Communier avec le chaos primordial, voir la réalité sans masques, en décoder le fonctionnement. Expérimenter la mort totale de l’ego. Comprendre que autant nos bonheurs que nos malheurs sont finalement ni les autres, ni nous-même, mais juste des forces universelles qui sont derrière chaque chose, en chacun de nous, et que chacun à notre manière nous nous les approprions, nous en faisons quelque chose de personnel. Derrière chaque instant de bonheur, il y a l’envie de s’approcher de cette réalité sans masque, l’amour universel. De la même façon, derrière chaque malheur, il y a la peur de cette même réalité sans masque, la peur universelle. Ces deux forces sont au delà même de la pulsion de vie de la pulsion de mort. La vie est lié à l’ego, et l’expérience de mort de l’ego est au delà de la vie et de la mort. C’est de l’individualisation qui est faite du flux et du reflux de ses deux énergies que naît chaque chose.
La encore il n’y a aucune gloire à expérimenter la mort de l’ego et à découvrir le transpersonnel. Pour rependre l’exemple des cultures basées sur l’ayahuasca, l’état de mort d’ego et de perception de cette réalité sans masques est ce que recherchent les chamanes quand ils prennent de l’ayahuasca pendant plusieurs jours successifs, seul dans la jungle. Et cela, ils ne le font pas pour être au dessus des autres, ni pour trouver le divin. Ils le font parce qu’ils en ont la possibilité, pour se soigner, et pouvoir ensuite aider leur communauté. On est bien loin de cela dans un monde ou les personnes qui se prétendent sorciers ou sorcières sont généralement les premiers inquisiteurs. Pour la plupart ils ne sont jamais sortis du puritanisme chrétien et restent dans la peur des plantes, et au fond, la peur de la nature. Si une plante produit des neurotransmetteurs alors quelle n’a pas de système nerveux, c’est peut être qu’il y a une volonté de coopération !
Je ne dis pas que l’utilisation des plantes est nécessaire dans le chemin mystique, mais les rares personnes que j’ai pu croiser qui parcourraient ce chemin ont presque toutes avancé grâce à cela. Inversement, ce n’est pas parce qu’on utilise des plantes qu’on avance sur le chemin mystique. J’ai aussi croisé des gens qui n’étaient que consommateurs, et se détruisaient au lieu de se construire. En aucun cas je ne conseille ce genre d’expériences qui sont dangereuses, surtout dans notre culture ou elles sont devenues étrangères. Mais elles sont au cœur de la sorcellerie et il ne faut pas tout mélanger, bricolage magique, magie cérémonielle plus ou moins déguisée, et sorcellerie. Il existe des tas d’autres spiritualités qui fonctionnent sans plantes. Pour exemple j’ai vécu à travers l’initiation au reiki ce qu’aucune plante ne m’avait donné.