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L’usage du fouet dans la wicca

mardi, juin 22nd, 2010

Quand j’ai découvert la wicca il y a plus de dix ans, j’ai surtout été intéressé par les huit sentiers. En résumé tout ce qui provoque la transe, c’est à dire, méditation, projection astrale, chants, vin, danse, contrôle du sang, fouet, et grand rite. Quand j’ai pratiqué la wicca quelques années plus tard dans un cadre traditionnel, j’ai constaté que tous ces moyens sont utilisés d’une façon assez édulcorée, et concrètement, il ne se passe pas grand-chose d’objectif lors des rituels.

J’ai cherché à comprendre et j’ai fait diverses recherches pour savoir comment cela se passait au temps de Gerald Gardner. Lorsque l’on va aux sources de la wicca, on constate qu’il s’agit d’un patchwork inspiré de diverses pratiques et de divers écrits. C’est d’autant plus flagrant en étudiant les différentes versions du livre des ombres de 1949 à 1963. On peut citer, la golden dawn (rituel d’ouverture), la franc maçonnerie (rituel d’initiation), le livre de la loi d’Aleister Crowley (charge de la déesse), la messe gnostique de l’OTO (grand rite), et bien d’autres. On remarque une chose étonnante, les éléments pouvant induire la transe dans les pratiques d’origines ont tendance à être supprimés.

Par exemple dans le rituel d’ouverture d’origine, publié par Israël Regardie, on utilise le chant pour se mettre en condition (toning) et dans la version de Gardner, cela a disparu. Par contre à la place tout le monde doit être « purifiés », ce qui pour Gardner signifie attaché et fouetté. Pour terminer le rituel d’ouverture, il faut être « purifié », pour l’initiation il faut être « purifié », pour réaliser une pratique magique, il faut être « purifié » (cf. « le fouet et le baiser » dans le livre des ombres). En bref, tout tournait autour de cela. Cela pose un certain nombre de problèmes.

Aujourd’hui, la plupart des personnes qui pratiquent la wicca traditionnelle utilisent le fouet de manière plus ou moins symbolique, ce qui rend les rituels un peu creux. Aidan Kelly, qui est sûrement l’un des premiers à avoir compilé et étudié les différentes versions du livre des ombres est arrivé à cette même conclusion, que tout était centré sur le fouet. Ce qui est amusant, c’est que bon nombre de gardneriens dénigrent son travail et pensent qu’il exagère. L’usage du fouet est le secret perdu de la wicca.

Lorsque l’on comprend cela, on peut être tenté d’explorer l’utilisation rituelle du fouet de toutes les manières possibles et de chercher à aller plus loin dans son usage. Mais même si je pense que l’exploration du seuil où se mêlent plaisir et douleur est essentielle pour éprouver comment s’entremêlent la vie et la mort, être attaché et fouetté est une méthode très personnelle, qui provoquait sûrement des tas des choses chez Gardner, mais dont l’efficacité n’a rien d’universelle. Personnellement j’ai toujours trouvé cela long et maladroit pour obtenir un résultat sans grand intérêt. De plus, autant cette exploration a son importance, autant je ne crois pas qu’il faille en faire un élément central dans la recherche de transe, ou d’une manière plus générale, dans une pratique spirituelle.

Les degrés de la wicca traditionnelle

mardi, avril 20th, 2010

Dans mon article d’introduction au chamanisme, je faisais allusion au fait que lorsqu’on se lance avec assiduité dans des pratiques spirituelles, tôt ou tard les choses prennent une tournure désagréable et nos traumatismes enfouis remontent à la surface. J’ai reçu une question à ce sujet, et je me dis que c’est peut-être bien de préciser un peu le fond de ma pensée. Pour illustrer les choses, je vais prendre en exemple les phases du grand œuvre de l’alchimie et les degrés dans la wicca.

La vision alchimique « idéale »

Le grand œuvre de l’alchimie est constitué des trois phases, l’œuvre au noir (nigredo), l’œuvre au blanc (albedo); et l’œuvre au rouge (rubedo).

L’œuvre au noir correspond justement au phénomène que je décris. Sous la chaleur du feu que l’alchimiste allume, la prima materia entre en putréfaction et se décompose. L’analogie est assez simple à comprendre, lorsqu’on tente d’éveiller la spiritualité en soi, nos troubles latents se retrouvent exacerbés.

Pendant l’œuvre au blanc, phase de purification, l’alchimiste lave et relave les scories issues de l’œuvre au noir avec de l’eau très pure. Là encore l’analogie n’est pas si complexe à comprendre, après s’être enfoncé profondément dans l’ombre, on découvre qu’on possède également la lumière propre à nous faire sortir de cette ombre. C’est pour cela que je précise l’importance de prendre conscience que la spiritualité est avant tout une affaire de guérison.

Arrivé à ce stade, on pourrait penser que les choses vont devenir simples, mais c’est loin d’être le cas. On découvre que la purification n’a rien de définitive, et on retombe sans cesse dans des cycles ombre / lumière. À ce moment il faut accepter que l’ombre fait partie de nous, et que toutes les purifications du monde ne nous en débarrasseront jamais. En alchimie on trouve parfois une phase intermédiaire entre œuvre au blanc et œuvre au rouge, l’œuvre au jaune (citrinitas). Je pense que cette phase correspond au temps nécessaire à cette prise de conscience.

Lors de l’œuvre au rouge, l’alchimiste cherche à combiner les éléments qu’il a obtenus suite à l’œuvre au blanc pour les stabiliser. Encore une analogie relativement simple, après avoir compris que l’ombre est une composante fondamentale de notre esprit, il faut trouver le moyen de l’accepter, de l’intégrer, pour retomber de moins en moins dans des phases d’ombre et trouver enfin une unité spirituelle stable. Il faut comprendre que ce qui par moment peut ressembler à de la pure folie est en chacun de nous, et que cela est également la source de notre inspiration. Plus on le refoule ce fait, plus on est perturbé. Plus on l’accepte, plus il devient un moteur.

Dans la wicca traditionnelle

La wicca traditionnelle est partagée en trois degrés. Cette organisation est assez classique dans de nombreux groupes initiatiques, et reprend l’évolution de la transformation alchimique. Le but derrière cela est de tenter d’accompagner les personnes qui en font le choix, sur le chemin de cette transformation. Bien entendu, ce balisage du chemin spirituel est très souvent mal compris et cette tentative d’accompagnement est maladroite. Par exemple lors de la nigredo, l’alchimiste prépare la prima materia pendant environ six mois avant d’allumer le feu qui va déclencher la dissolution, celle-ci pouvant durer des années. Mais pour de nombreux occultistes, la nigredo se termine après ses six premiers mois et sa fin est vue comme une mort/renaissance instantanée.

C’est cet effet précis qui est recherché dans le rituel d’élévation au second degré, à travers la légende de la déesse. Dans cette histoire, il est question de descente aux enfers, de mort et de renaissance. L’élévation au second degré est le meilleur moyen que je connaisse pour déclencher de façon systématique la « claque » dont je parlais. Pour toutes les personnes que j’ai pu rencontrer, le second degré a entraîné un gros remue-ménage. Cela peut paraître étonnant, car à part pour le troisième degré lorsque le grand rite est effectif, il n’y a aucun élément permettant d’atteindre un état modifié de conscience de façon systématique dans les rituels d’initiation de la wicca traditionnelle. Le fait d’être attaché et fouetté est la méthode centrale d’induction de transe de la wicca Gardnerienne. Pourtant, il est précisé dans les rituels, de ne pas serrer les liens lors de l’initiation car le contrôle du sang n’est pas voulu. Il est également expliqué que la flagellation doit être symbolique, car la transe n’est pas recherchée, et seul le dernier coup doit être un peu cinglant. En clair, ces rituels ne sont qu’une mise en scène théâtrale, et tout ce qu’il peut se passer pendant et à la suite d’un tel rituel n’est que le fruit de la suggestion et de l’auto-suggestion. Et pourtant, ça marche.

Enfin, la descente aux enfers fonctionne assez bien, mais rien n’est prévu pour la remontée. Dans la wicca alexandrienne, c’est assez différent. L’accent est mis sur l’apprentissage de techniques de guérison pendant le premier degré, et le second degré n’est donné que lorsqu’une personne maîtrise ces techniques. Cela peut être vu comme une dérive pour rendre les gens dépendant en ne donnant pas les degrés, mais ce n’était pas le cas dans le coven de Sanders (par contre, cette dérive a lieu dans divers covens alexandriens). Je pense que malgré toutes les choses négatives qui ont pu être dites sur Sanders, il savait où il allait et son approche était beaucoup moins approximative que celle de Gardner (certaines de ses grandes prêtresses ont reçu le troisième degré en quelques jours, sans aucune préparation).

À partir du second degré, la wicca traditionnelle adopte une vision de l’alchimie très Jungienne. En effet selon Jung, l’albedo correspond à la recherche de l’anima pour l’homme, et de l’animus pour la femme, et à partir du second degré, on pratique descente de la lune/soleil (ou l’invocation de Cernunnos selon les rituels). Lorsqu’on étudie l’évolution du livre des ombres à travers les époques, cela paraît flagrant que Gardner a créé la wicca avant tout pour lui même et qu’il y met en scène ses fantasmes. Dans la version de 49, il est toujours question d’un homme qui initie une femme, d’une femme qui flagelle un homme, … À travers de nombreux détails, on se rend compte que le côté « centré sur le féminin » semble bien moins évident que l’on pourrait croire en premier lieu. On peut penser que Gardner cherchait à régler son conflit des genres à travers des expériences liées au féminin sacré.

Toujours selon Jung, la rubedo consistait à réaliser en soi la fusion des principes masculins et féminins pour trouver l’unité du Soi. C’est ceci qui est recherché dans la wicca traditionnelle à partir du troisième degré à travers le grand rite, l’union sexuelle de la wicca. Personnellement je trouve que la résolution du rapport anima/animus est trop centrale dans la vision alchimique de Jung. Elle l’est encore plus dans la wicca traditionnelle. Je ne dis pas que ce n’est pas important, mais c’est loin d’être le seul problème à résoudre, et ce n’est pas toujours le plus complexe. Mais au-delà de cette considération, ce qui manque le plus à la wicca Gardnerienne est une méthode de guérison digne de ce nom que l’on apprendrait dès le premier degré. Parce que se faire attacher et fouetter en attendant que la guérison vienne, ça n’a jamais été une méthode très efficace :-)

En conclusion

Je ne cherche pas à dessiner une vision noire de la spiritualité, ni à décourager qui que ce soit. Au contraire, je pense que l’aventure spirituelle est une belle chose qui mérite d’être vécue. En tout cas, elle l’est quand on est conscient des désagréments que je viens d’évoquer, que l’on sait que tout cela est normal, qu’il n’y a pas lieu d’avoir peur ou de se sentir perdu. L’ésotérisme de grand papa a la vie dure, et vous entendrez souvent que telle pratique est dangereuse, qu’il faut faire attention à ceci ou cela, … Mais en réalité cela ne fonctionne pas comme ça. Quand on apprend à marcher, il faut s’attendre à tomber un certain nombre de fois. Plus on a peur, plus on se raidit, et plus on tombe. Et moins en apprend à marcher. Si vous vous lancez dans une quelconque pratique spirituelle, soyez conscient du fait qu’un jour ou l’autre, vous allez tomber, et préparez-vous au mieux à cela en développant des techniques de purification et de guérison qui soient fonctionnelles.

Wicca et religion

lundi, avril 5th, 2010

Quand j’ai découvert la wicca, j’étais en quête de méthodes spirituelles, et j’étais plutôt concentré sur son aspect sorcier. L’aspect religieux me semblait presque accessoire. Aujourd’hui, je suis un peu dans la situation inverse. Après avoir pratiqué/décortiqué la wicca traditionnelle, je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais. Finalement, ce qu’il me manquait est ce que je qualifie d’hygiène spirituelle dans mon précédent article sur le chamanisme. Cela, je l’ai trouvé dans le reiki. Par contre, la pratique du reiki manque de symboles à visage humain, et d’histoires qui font écho à ma vie. Pour moi, cela constitue des leviers qui sont indispensables à une vie spirituelle totalement épanouie.

Le mot religion est source de nombreux malentendus. Je pense que c’est parce que ce mot à deux sens différents, bien souvent opposés. Il y a la religion, esclavage de la pensée selon Robespierre, opium du peuple selon Marx. Lorsqu’on emploie le mot religion, c’est bien souvent ce concept qui est compris. Et il y a la religion, qui permet l’expérience de sa propre nature divine. Mais cette idée est presque totalement étrangère à notre société, et lorsqu’on s’exprime à ce sujet, les mots religion ou divin, sont pris dans leur sens vulgaire, et on a toutes les chances de ne pas être compris. Par exemple, l’idée de découvrir sa propre nature divine pourrait être considérée comme un délire d’ego, alors qu’il n’y a rien de plus naturel que cela et que ce type d’expériences est justement à l’opposé de l’ego.

L’orgasme est le phénomène le plus simple et le plus habituel qui nous rapproche de notre nature divine. Et les religions établies intègrent toutes des tabous importants en matière de sexualité pour que nous ne soyons pas autonomes en matière de divin, et que nous ayons recours à leurs services. C’est pour cela que j’affirme que la religion, prise au sens commun, va souvent à l’opposé de la religion véritable. Les religieux nous promettent le divin en échange d’argent et de pouvoir terrestre, mais ne veulent surtout pas que nous y accédions vraiment.

Ce que je décris n’a pas grand-chose de révolutionnaire aujourd’hui, pourtant, malgré toutes les bonnes intentions du monde, il n’est pas facile de sortir de ce modèle. En fait dès que l’on cherche à partager une expérience ou un vécu en matière de religion, on a toutes les chances d’être mal compris, et les choses vont être transformées, pour se conformer à ce qui nous est habituel. À vrai dire, avant même de chercher à les partager, dès qu’on cherche à les exprimer pour soi-même, on tombe déjà dans ce travers. Les pratiquants wiccans qui au départ défendent qu’ils privilégient l’expérience à la croyance vont très vite se focaliser sur la croyance et les rapports sociaux en oubliant que ce n’était pas leur but premier.

Si je m’intéresse encore à la wicca aujourd’hui, c’est parce que j’ai la sensation, à travers certains passages du livre des ombres, que Gardner essayait de transmettre une flamme. Et même s’il a fini lui-même par l’oublier (je pense à. ses délires avec Bracelin à la fin de sa vie, par exemple les anciennes lois), ça serait dommage de ne pas profiter de l’élan qu’il a voulu donner pour essayer de perpétrer cette flamme. Tout en sachant qu’il s’agit d’une tache plutôt vaine :-)