Le sens des symboles des degrés
Lundi, novembre 28th, 2011Dans la wicca traditionnelle, chaque degré est symbolisé par un sceau. Au premier degré un triangle inversé (pointe vers le bas), au second un pentacle inversé, et au troisième un pentacle droit couronné d’un triangle droit. Certains font un lien entre les triangles et les symboles de l’eau (triangle inversé) et du feu (triangle droit). Certains disent également que le pentacle inversé du second degré représente le dieu cornu. Mais je n’ai encore jamais vu une explication cohérente de ces symboles. Quelle est leur signification profonde ?
Sur l’arbre de vie, la polarité est représentée par les deux piliers latéraux. Il y a trois niveaux de polarité, associés aux lettres mères. Le couple psychique hod-netsach lié par la lettre mem (eau), le couple moral gevourah-chessed liés par la lettre alef (air), et enfin le couple divin binah-chokhmah lié par la lettre shin (feu).
Le premier degré
Le symbole du premier degré représente le triangle hod-netsach-yesod (la raison et les émotions engendrent la manifestation). Pourquoi le symbole du premier degré ne comprend pas malkhout ? Parce que la nudité symbolise le fait que l’initié se détache de l’extériorité de son être, en termes jungiens, il se libère de sa persona. Ceci est un symbole habituel autant dans la bible hébraïque que dans les évangiles. Par exemple II Rois 22:11 « En entendant les termes du livre de la loi, le roi déchira ses vêtements ». Dans la bible, le mot « roi » fait le plus souvent référence au divin, cette phrase signifie donc qu’une personne qui étudie la torah (loi en hébreu) perd l’extériorité de son être et s’ouvre au divin. Ou encore Luc 22:36 « que celui qui n’a point d’épée vende son vêtement et achète une épée ». L’épée représente la manifestation divine et on retrouve la même idée.
Dans la pratique, ce n’est pas aussi simple. Toute personne qui commence à pratiquer la magie se rend rapidement compte que la pensée et les émotions sont créatrices. Pourtant plus elle développera sa capacité à changer le monde consciemment, et plus sa vie sera dominée par le chaos. Pourquoi ? Parce que paradoxalement, l’être humain ne veut pas accepter qu’il a déjà la toute-puissance en lui et qu’il est le seul responsable de sa vie. Tout désordre dans la vie extérieure est le reflet d’un désordre intérieur. Et tant qu’il prend le monde extérieur comme prétexte il ne guérit pas. C’est ce que les alchimistes appellent la nigredo, ou œuvre au noir. Ceci s’explique par le fait que sur le plan matériel yesod représente la perception, mais sur le plan spirituel il est la manifestation. Nous sommes créateurs de ce que nous croyons percevoir.
Le second degré
Et entre ces deux compréhensions paradoxales de yesod, il y a l’inconscient, l’ombre en termes jungiens. Lorsqu’une personne commence à comprendre qu’elle doit laisser le monde extérieur tranquille et que le combat qu’elle doit vivre est intérieur, elle rentre dans le second degré. Je parle au sens véritable, bien entendu, du fait de ce que je viens d’expliquer, toute progression initiatique donnée par autrui est une illusion. Vous êtes la seule puissance pour vous même, pour le meilleur et pour le pire (et uniquement vous même, toute personne recherchant le pouvoir sur le monde extérieur ne fait qu’amplifier son absence de pouvoir sur elle-même). Même si les choses sont bien entendu plus complexes, le seul moyen pour faire reculer l’ombre est de considérer le monde extérieur comme un miroir de son monde intérieur.
Pour sortir du chaos, il faut apprendre à séparer la lumière des ténèbres. C’est ce que les alchimistes appellent l’albedo, ou œuvre au blanc. C’est ici qu’intervient la morale représentée par gevourah-chessed (accepter la rigueur dans l’amour). Le concept de morale est souvent mal perçu et mal accepté, pour une raison évidente après ce que je viens d’exposer, la seule vraie morale ne peut être qu’intérieure. Toute morale qui ne vient pas du cœur conduit au dogmatisme. Il s’agit en réalité de savoir si c’est la peur qui nous motive ou si c’est l’amour. Ce n’est pas un sujet simple. Par exemple, qu’est-ce qui domine dans mon rapport à autrui, le plaisir d’être avec quelqu’un ou la peur d’être seul ? Cela demande de développer une grande sensibilité introspective, un discernement permanent des émotions qui nous traversent. Le fait d’accepter la rigueur peut également être une idée difficile à assimiler, parce que la société dans laquelle nous vivons refuse complètement cette notion qui fait pourtant partie de la nature. C’est d’ailleurs parce que la nature nous rappelle que la rigueur fait partie intégrante de ce monde que nous nous en détachons. Aujourd’hui 90% des Français sont stressés par l’hystérie collective qu’ils ont décidé d’appeler « travail ». Pourtant, on nous vante une société idéale dans laquelle l’homme n’a plus à s’inquiéter de sa survie et peut se consacrer à ses loisirs.
Le troisième degré
Le but du troisième degré, est justement la réalisation de soi. C’est ce que les alchimistes appellent la rubedo, ou œuvre au rouge. Les deux étapes précédentes étaient appelées dissolution (solve), il s’agit maintenant de coagulation (coagula). Pour arriver à cela, la wicca introduit le troisième niveau de polarité binah-chokhma (dans un contexte wicca, l’union de la déesse et du dieu) à travers le grand rite. Selon le vocabulaire jungien, après avoir bataillé pour accepter l’ombre, l’homme finit par intégrer son anima (femme intérieure) et la femme son animus (homme intérieur). Jung disait que pour assimiler totalement l’archétype sexuel (anima ou animus selon que vous êtes un homme ou une femme), il est nécessaire consommer sa libido incestueuse refoulée par la masturbation. Je pense d’ailleurs que c’est là son véritable sujet de discorde avec Freud, parce que les raisons officielles me semblent un peu légères. Jung expliquait également que l’expérience religieuse est une façon de sublimer sa libido refoulée. Nous retrouvons la synthèse de ces deux idées dans le grand rite qui est à la fois consommation et sublimation. L’homme fait l’amour à sa mère divine et la femme fait l’amour à son père divin.
Ce niveau de fusion des polarités est dangereux, parce qu’il ouvre une porte sur l’infini, alors que nous sommes finis. Sans humilité, nous risquons de nous identifier à l’infini, ce qui conduit à la folie (selon Jung, l’inflation du moi). Sur le plan des symboles des degrés, l’ajout de la couronne céleste fait que le pentacle inversé, pointant vers yesod, se tourne vers l’être intérieur et pointe vers daat. Pour bien comprendre cela, il faut savoir que l’arbre de vie n’exprime rien de géométrique, mais seulement les sentiers entre les sephiroth. L’espace et le temps n’existent que dans malkhout. Il existe d’ailleurs des représentations concentriques des sephiroth. En réalité, plus nous montons sur l’arbre, plus nous plongeons au plus profond de notre soi, et plus nous pouvons exprimer la volonté du soi dans le monde extérieur à travers toutes formes de création, de la plus ordinaire à la plus artistique. Bien des spiritualités oublient cette dernière étape qui est pourtant essentielle. Le but de la spiritualité n’est pas de fuir le monde matériel, mais au contraire de s’y épanouir. L’accomplissement spirituel ne peut être durable que s’il a des répercussions dans le concret et s’il réalise l’équilibre entre matériel, psychique, et spirituel. D’ailleurs, il est intéressant de remarquer que cette idée s’est développée assez naturellement dans le milieu pagano-sorcier (artisanat, art, …).








