Le blog d'Artus, wicca, sorcellerie, chamanisme

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lundi, février 4 2008

La libération

En réalité, l'idée de protection magique est presque aussi puérile que l'idée d'attaque magique. Ces pratiques ne sont utiles que pour régler l'urgence. Elles ne constituent qu'un soulagement à court terme, mais ne permettent pas de se libérer du problème à long terme. Même en arrivant à mettre totalement de côté un agresseur, un autre croisera votre chemin. Pour se sortir définitivement de ce problème, il faut comprendre un certain nombre de choses.

  1. Même s'il y a agression avérée, ce n'est qu'un déclencheur, dans un envoûtement, il y a toujours une très grosse part d'auto-envoûtement.
  2. Ce n'est pas par hasard que l'on a rencontré notre agresseur, il est là pour faire écho à l'extérieur d'un conflit qui existe à l'intérieur.
  3. Si on est atteint, c'est qu'on a donné à notre agresseur le pouvoir de nous atteindre.
  4. Notre agresseur ne créé pas un malaise de toute pièce, il ne fait qu'aviver un malaise déjà présent depuis l'enfance.

La véritable solution à tout cela, c'est de cultiver l'honnêteté, l'introspection, l'acceptation, et surtout de pratiquer des méthodes de guérison. C'est un long travail, mais il en vaut la peine. C'est pour moi une activité essentielle pour rentrer pleinement dans la sorcellerie et découvrir sa vraie nature. Pour employer un vocabulaire alchimique, il s'agit de passer de l'oeuvre au noir (nigredo) à l'oeuvre au blanc (albedo), qui conduira vers l'oeuvre au rouge (rubedo) qui représente la réalisation de soi.

mercredi, février 15 2006

Les trois degrés initiatiques et l'utilisation des plantes

On retrouve dans de nombreuses traditions, sorcières ou non sorcières, trois degrés d’initiation. On retrouve également ces trois degrés dans l’alchimie à travers les trois phases du grand œuvre. L’œuvre ou noir, ou nigredo, suivie de l’oeuvre au blanc ou albedo, et enfin l’ouvre au rouge ou rubedo, qui conduit au grand œuvre. Parfois ces trois degrés ont été subdivisés en une multitude. Généralement il s’agit plus d’une hiérarchie que le témoignage d’une progression initiatique réelle. La plupart des personnes dans ce type de traditions ne prennent absolument pas une voie mystique, mais restent des bricoleurs magiques, toute leur vie en pensant avoir trouvé toute l’étendue de la spiritualité, et restent au stade de la nigredo. L’initiation est juste l’acceptation dans la communauté, et les élévations aux degrés supérieurs des montés en grade. Pourtant, à l’origine cette échelle ne mesure rien qui ne puisse être tourné à la sauce égotique. Cela marque juste un niveau de guérison, d’acceptation de soi, de la vie, d’ouverture et de libération.

Au stade de la nigredo, stade dans lequel on reste toute sa vie tant que l’on n’a pas une véritable vie spirituelle, on fonctionne beaucoup à la projection. Quand il nous arrive quelque chose de mauvais, au lieu de se demander pourquoi on est affecté, qu’est ce qui ne va pas en nous, qui nous rend vulnérable et que l’on pourrait guérir, pourquoi la vie à mis cette expérience sur nos pas, on cherche une raison à l’extérieur. Parfois il y a effectivement quelqu’un qui a déclanché cet effet en nous, parfois non. Dans les deux cas le fait de se placer en victime ne nous fait guère avancer vers la guérison, au contraire cette attitude cultive le négatif. C’est pour cela qu’il est très inconfortable de s’engager à moitié sur une voie spirituelle.

Le fait de s’ouvrir fait que l’on devient beaucoup plus sensible que la moyenne. Et si on n’arrive pas bien vite à trouver le moyen de gérer cette sensibilité, cela tourne au cauchemar. L’échec des traditions de type wicca réside à mon avis là-dedans. On perd de vue le but de guérison et de libération, et on le remplace par un chemin hiérarchique. Je ne dis pas que l’idée de guérison est absente de la wicca, mais elle n’est pas assez prédominante. Elle n’a pas la place qu’elle devrait avoir dans toute spiritualité. C’est bien souvent trouver le divin pour trouver le divin.

Pour sortir de la nigredo et arriver à l’albedo, il faut vivre une descente aux enfers, aller jusqu'au bout de son ombre, de sa folie. Mais il ne suffit pas de toucher le fond, il faut également assimiler correctement l’expérience, sinon ce n’est qu’un traumatisme inutile. Bien entendu, cette transition ne se fait pas en un jour. Il faut comprendre et surtout assimiler, que cette folie est inhérente à la vie. Que c’est elle qui nous anime. Et que plus on la connaît et plus on l’accepte, moins elle se manifeste sous forme de mauvaise folie. Quand on l’apprivoise, elle devient une source de créativité infinie. C’est le but du chemin mystique.

Je pense que cette rude épreuve est le but recherché dans bon nombre de rites de passage vers l’age de 15 ans dans les sociétés dites « primitives ». C’est cette expérience qui permet d’accéder à la maturité spirituelle. Il n’y a aucune gloire à vivre ce genre d’expérience en occident, il y a juste à déplorer que cela ai disparu de notre société, et qu’il faille ramer pour y arriver. Que dans le meilleur des cas, on vit cela de façon tardive et solitaire, alors que cette expérience devrait être déclanchée lors de l’adolescence, et que toute une communauté devrait être là pour nous soutenir. Cette expérience est par exemple un passage obligé dans l’expérience de l’ayahuasca. Dans toutes les sociétés basées sur l’ayahuaca, chacun sait qu’il y a « cela » en chaque être.

Lors de la nigredo on cherche toujours la source de nos problèmes à l’extérieur, parce que « l’enfer c’est les autres ». Pendant l’albedo, il faut apprendre à fonctionner à l’envers et trouver ce qui ne va pas en nous. Bien entendu, lorsqu’on a assimilé suffisamment que l’enfer c’était nous, on se rend compte que c’est avant que l’on fonctionnait à l’envers. On se rend compte que chaque fois que l’on subit une agression, réelle ou imaginaire, au lieu d’envoyer bouler l’agresseur, si on se recentre sur soi, on trouve toujours quelque chose à changer en soi pour aller mieux. On se rend compte que cette attitude limite la négativité et rend bien plus heureux que de se placer en victime. Pourtant il faut des mois et des mois pour trouver ce mode de fonctionnement naturel.

Le but de la rubedo est de faire entrer le transpersonnel dans sa vie. Quand j’emploi le mot transpersonnel, je fait référence à Jung qui a introduit le mot « uberpersonlich » dans sa description de la psyché humaine. Pour accéder à cela, il faut aller jusqu’au bout de sa folie comme pour l’expérience précédente, mais dépasser ses peurs et de voir la réalité au delà de cette folie. Communier avec le chaos primordial, voir la réalité sans masques, en décoder le fonctionnement. Expérimenter la mort totale de l’ego. Comprendre que autant nos bonheurs que nos malheurs sont finalement ni les autres, ni nous-même, mais juste des forces universelles qui sont derrière chaque chose, en chacun de nous, et que chacun à notre manière nous nous les approprions, nous en faisons quelque chose de personnel. Derrière chaque instant de bonheur, il y a l’envie de s’approcher de cette réalité sans masque, l’amour universel. De la même façon, derrière chaque malheur, il y a la peur de cette même réalité sans masque, la peur universelle. Ces deux forces sont au delà même de la pulsion de vie de la pulsion de mort. La vie est lié à l’ego, et l’expérience de mort de l’ego est au delà de la vie et de la mort. C’est de l’individualisation qui est faite du flux et du reflux de ses deux énergies que naît chaque chose.

La encore il n’y a aucune gloire à expérimenter la mort de l’ego et à découvrir le transpersonnel. Pour rependre l’exemple des cultures basées sur l’ayahuasca, l’état de mort d’ego et de perception de cette réalité sans masques est ce que recherchent les chamanes quand ils prennent de l’ayahuasca pendant plusieurs jours successifs, seul dans la jungle. Et cela, ils ne le font pas pour être au dessus des autres, ni pour trouver le divin. Ils le font parce qu’ils en ont la possibilité, pour se soigner, et pouvoir ensuite aider leur communauté. On est bien loin de cela dans un monde ou les personnes qui se prétendent sorciers ou sorcières sont généralement les premiers inquisiteurs. Pour la plupart ils ne sont jamais sortis du puritanisme chrétien et restent dans la peur des plantes, et au fond, la peur de la nature. Si une plante produit des neurotransmetteurs alors quelle n’a pas de système nerveux, c’est peut être qu’il y a une volonté de coopération !

Je ne dis pas que l’utilisation des plantes est nécessaire dans le chemin mystique, mais les rares personnes que j’ai pu croiser qui parcourraient ce chemin ont presque toutes avancé grâce à cela. Inversement, ce n’est pas parce qu’on utilise des plantes qu’on avance sur le chemin mystique. J’ai aussi croisé des gens qui n’étaient que consommateurs, et se détruisaient au lieu de se construire. En aucun cas je ne conseille ce genre d’expériences qui sont dangereuses, surtout dans notre culture ou elles sont devenues étrangères. Mais elles sont au cœur de la sorcellerie et il ne faut pas tout mélanger, bricolage magique, magie cérémonielle plus ou moins déguisée, et sorcellerie. Il existe des tas d’autres spiritualités qui fonctionnent sans plantes. Pour exemple j’ai vécu à travers l’initiation au reiki ce qu’aucune plante ne m’avait donné.

lundi, octobre 24 2005

Projection et Oeuvre au noir

Le coté pathologique des phénomènes psychiques a souvent été bien étudié par les psychanalystes. Par contre, le coté normal est quelque chose qui, à mon avis, fait défaut. La projection est le fait d’attribuer à autrui ses propres sentiments. Bien entendu cela peut être pathologique, par exemple, lorsque qu’on fait une remarque à quelqu’un et que l’on obtient systématiquement la réponse : « non c’est toi ». Et sans rentrer dans les détails de la projection pathologique, cela peut être bien plus grave que cela. Je voudrais plutôt parler de la projection normale dans un premier temps, et son application à l’ésotérisme et au cheminement initiatique.

Lors d’une expérience mystique très forte, j’ai compris à quel point la vie était une expérience intérieure et à quel point le rapport aux autres fonctionnait par projection. On peut être sensible, dialoguer, se démener autant que l’on veut, si on n’a pas d’écho en nous pour une chose donnée, on ne peut pas la ressentir. A travers d’autres expériences, régulièrement, lorsque je me retrouve d’en un état d’ouverture assez important, il m’arrive de voir visuellement une membrane-miroir qui à la fois nous connecte aux autres, mais en même temps nous isole dans notre monde intérieur, elle déforme notre perception, et nous renvoie une image de nous même, elle aussi, déformée. Les émotions ou autres messages produits par l’autre font vibrer la membrane, celle-ci les retransmet en déformé. Le message déformé sera reçu s’il trouve un écho en nous, sinon il sera perdu. Cet écho en nous est également déformant, c’est l’effet du miroir sur la membrane. Bien entendu, il est difficile d’expliquer tout cela, qui est visuel, sans vraiment l’être, et qui est une façon très personnelle de percevoir la projection.

Tout cela est assez paradoxal. D’un coté on se rend compte que l’on est seul au monde, et que les relations humaines sont quelque chose de sacrément illusoire. Souvent, lorsqu’on croit comprendre l’autre, on a vu qu’une vision déformée de son nombril. Et d’un autre coté, l’acceptation de ce phénomène et sa bonne connaissance permettent plus facilement de vivre des expériences humaines très fortes et de prendre conscience que tout est connecté à tout.

Comprendre tout cela me semble essentiel lorsqu’on s’engage dans un chemin ésotérique. Quand j’emploie le mot « comprendre », il ne s’agit pas, bien entendu, de compréhension intellectuelle. Il faut vivre ces choses, les éprouver, se faire une idée par soi-même. Quand j’ai commencé à pratiquer certains exercices permettant de toucher de manière assez systématique à la « Lumière », l’Essence Divine, on m’a dit qu’il fallait connaître son ombre parce qu’on était dans un monde de dualité et que la lumière attirait l’ombre. Et en connaissant et acceptant son ombre, elle influait moins. Effectivement, cela s’est rapidement concrétisé dans ma pratique, mais en même temps cette explication m’a toujours parue tirée par les cheveux. D’autant que d’un autre point de vue, la lumière a plutôt tendance à attirer la lumière.

J’ai aujourd’hui une autre compréhension de ce phénomène. Encore une fois, ce n’est que ma vision. En fait lorsqu’on touche cette lumière, on s’ouvre. Et lorsqu’on revient dans le monde de tous les jours, on ne ressent pas que des bonnes choses. On peut recevoir de l’amour, mais également beaucoup de peurs sous une forme ou une autre (l’agressivité par exemple). Et ce sont ces peurs auxquelles on s’ouvre qui font écho en nous et réveillent nos propres peurs, les décuplent. C’est l’éveil de nos démons, l'oeuvre au noir des alchimistes. Plus on s’ouvre, plus on voit l’ampleur de notre folie [1]. Bien entendu, on peut rester sur cette vision simpliste de dire que la lumière éclaire l’ombre, mais je pense que l’on peut facilement mieux décrire ce phénomène.

Notes

[1] Enfin dans le meilleur des cas. C'est tellement plus facile de ne pas voir et de blâmer les autres.